Photo de titre: Matthieu Berroneau

Il y a 38 espèces d’amphibiens en France, 13 urodèles (porteurs de queue: tritons et salamandres) et 25 d’anoures (sans queue: grenouilles et crapauds. BSG vous présente ici un des crapauds les moins connus: le Pélobate cultripède (Pelobates cultripes).

Le Pélobate cultripède, étymologiquement « le batracien qui vit dans la vase avec des couteaux sur les pieds » est un amphibien de la famille des Pélobatidés, relativement primitive. Ils se distinguent des « Crapauds vrais » (Bufonidés) par l’absence de glandes parotoïdes (excroissances contenant du venin, situées derrière la tête), ainsi que par un crâne très robuste, une pupille fendue verticalement « en œil de chat » et par la présence de couteaux très saillants et durs sur les pieds.

Ils présentent un aspect dodu aux yeux globuleux et arborent une couleur brune maculée de taches beiges à jaunâtres.  Il mesure en moyenne 7 à 8 cm, les femelles sont légèrement plus grandes que les mâles. 

Une caractéristique physique étonnante

Comme son nom l’indique (culter = couteau ; podo = pied), le Pélobate cultripède possède des « couteaux » de couleur noire à l’extrémité des pattes. Ce sont des tubercules métatarsiens modifiés : excroissance proéminente présente sur l’extrémité des pattes postérieures de nombreuses espèces d’anoures.

le « couteau » du cultripède, plutôt une pelle…

Cette caractéristique singulière lui vaut le nom de « Crapaud à couteaux », toutefois, si vous avez la chance de croiser cet amphibien, soyez sans crainte, il ne coupe pas! Ses couteaux lui servent en fait à s’enfouir dans le sol et à creuser des terriers, atteignant parfois des profondeurs d’un mètre, où il passe la mauvaise saison.

Il s’enfouit dans des sols meubles, généralement sableux, qui constituent son habitat. Pour ce faire, il agite ses pattes arrières, ses deux couteaux jouant le rôle d’une pelle pour creuser. 

Il partage cette caractéristique avec les autres espèces du genre Pelobates existantes (6 au total) dont le Pélobate brun (Pelobates fuscus), également présent en France métropolitaine. Cette espèce se retrouve essentiellement dans l’est de la France (Alsace et Lorraine), des populations relictuelles existent en centre ouest.

Bien que l’espèce soit très menacée sur le territoire, l’état des populations en Europe n’est pas aussi critique. Il est en effet considéré comme non menacé (LC) au niveau mondial par l’UICN. 

Une répartition restreinte 

Le Pélobate cultripède se rencontre  uniquement dans la péninsule ibérique et en France, où les populations se répartissent en deux noyaux : en méditerranée et le long de la façade atlantique. Pour cette seconde localisation, les populations remontaient historiquement jusqu’en Loire-Atlantique. La forte artificialisation du littoral (bétonisation et urbanisation des côtes) est responsable de son déclin. 

Son aire de répartition sur la façade atlantique s’étend aujourd’hui de l’embouchure de la Gironde jusqu’à la Vendée, constituant la limite nord de son aire de répartition. L’observation d’un individu isolé dans un contexte urbain a été mentionnée à Angers en 1989 (Lescure) mais il s’agit très probablement d’une présence accidentelle.

Comportement et écologie

Ses mœurs fouisseuses font qu’il est principalement inféodé à des milieux au substrat meuble comme les dunes littorales, on le retrouve donc très proche de la mer et parfois même sur les plages ! Vous penserez à lui lors des vacances d’été sur la côte. En méditerranée, il peut occuper d’autres types de milieux tels que les garrigues ou les plateaux calcaires des causses. On peut ainsi le retrouver à des altitudes assez élevées allant jusqu’à 800 m sur le Causse du Larzac. 

Il a deux périodes d’activité terrestre : une au printemps et une en automne, il est actif de nuit dès lors que la température est supérieure à 8°C et quand l’humidité ambiante est élevée. Une sortie nocturne après une pluie abondante constitue des conditions d’observations idéales pour observer cette espèce, des individus peuvent être observés même par forte pluie.

À la nuit tombée, dressé et attentif, il chasse à l’affut de petits invertébrés : araignées, coléoptères, fourmis, larves d’insectes, et lombrics, dans une position légèrement assise et dressé sur ses membres antérieurs. Quand il se sent menacé, il peut se gonfler et émettre un son assez strident et plaintif, rappelant le miaulement d’un chaton, pour impressionner son agresseur. On ne peut qu’imaginer la frayeur ressentie par un potentiel prédateur face à un tel réflexe ! 

Reproduction

Tétard de cultripède

Pendant la période de reproduction (de mars à avril), il occupe des points d’eau peu profonds, mais qui doivent rester en eau de janvier à juillet, au risque de perdre leur ponte par l’assèchement des points d’eau. Ils occupent des mares et trous d’eau avec présence de végétation aquatique et une salinité plutôt faible. Ils chantent sous l’eau en émettant une sorte de caquètement de poule : un « co-co-co … » peu sonore. Les femelles chantent également. 

La femelle pond ses œufs sous la forme d’un long et épais cordon comprenant jusqu’à 7000 œufs qu’elle dépose dans la végétation. Ils éclosent deux semaines plus tard et resteront têtards entre 4 et 6 mois. Ils peuvent atteindre des tailles impressionnantes, jusqu’à 10 cm pour les plus gros, les adultes atteignent leur maturité sexuelle vers 3 ans et vivront 10 à 15 ans.

Des menaces bien réelles 

La situation de l’espèce est assez peu encourageante pour l’avenir. Elle est en mauvais état de conservation aussi bien en région atlantique que méditerranéenne. Elle figure sur la liste rouge des amphibiens de France métropolitaine depuis 2015 avec pour statut UICN « VU » pour vulnérable. 

En région Pays de la Loire, elle est inscrite dans la liste des espèces déterminantes, l’état des populations est très précaire dans l’Ouest. 

Selon Thirion (2006) : « En 150 ans, au moins 18 stations à Pélobate cultripède ont disparu du littoral atlantique français pour un total connu de 46 stations. Pour 75% d’entre elles, cette disparition peut être attribuée à l’essor sans précédent de l’urbanisme ». 

Comme il s’agit de l’un des amphibiens les plus menacés d’Europe, la France a une forte responsabilité dans la conservation de cette espèce d’autant plus qu’elle n’est présente que dans trois pays (France, Espagne et Portugal). 

Bibliographie : 

  • Arnold, N. & Ovenden, D. (2014). « Le guide herpéto, Amphibiens et reptiles d’Europe ». Delachaux et Niestlé, 290 p.
  • Déat, E., Thirion, JM. & Thomas, A. (2000). « Répartition passée et actuelle du Pélobate cultripède Pelobates cultripes (Cuvier, 1829) (Amphibia) dans le sud Vendée ». Annales de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles : 1089-1096.
  • Lescure, J. & De Massary, JC. (coord.). (2012). « Atlas des Amphibiens et Reptiles de France ». Muséum national d’Histoire naturelle, Paris ; Biotope, Mèze (Inventaires & biodiversité ; 4), 272 p. 
  • Office national des forêts (2016). « l’ONF et le Pélobate cultripède dans l’agence Pays de la Loire – état au 1er nov. 2016 ». ONF, Comité scientifique du site Natura 2000 de la Baie de Bourgneuf, 21 p.
  • Thirion, JM. & Evrard, P. (2012). « Guide des Reptiles et des Amphibiens de France ». Edition Belin, collection fous de nature, 224 p.

Laisser une Réponse