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Déjà 25 ans qu’il ne devrait plus craindre de disparaître, grâce à sa protection décidée en 1999. Mais il n’en est rien. Le Bruant ortolan fait face à de multiples menaces dont l’être humain fait partie. Le réchauffement climatique, la poursuite de modes de cultures intensifs associés au braconnage dans certaines régions mettront peut-être à terre le Bruant ortolan. Portrait de ce petit oiseau chanteur qui pourrait ne plus nous enchanter. 

Bruant des roseaux
Bruant des roseaux – Auteur : ⒸRoland Clerc.

Comme la Perdrix bartavelle qui peut se prénommer Bartavelle seule, le Bruant ortolan (Emberiza hortulana) est appelé aussi Ortolan tout simplement. Il appartient à la famille des Embérizidés. Le terme Bruant viendrait de “bruire”, c’est à dire faire du bruit, et de “bruyant”, au participe présent. En espagnol, bruant se traduit par escribano. En italien, cela donne zigolo et… Sparrow en anglais… D’ailleurs, le terme de Sparrow désigne habituellement le Moineau et de manière générale les Passeaux. Ici, rien à voir avec le pirate redouté même si celui-ci est plutôt bavard ! Le chant de l’Ortolan est composé de 3 à 5 notes flûtées. Son cri est un bref ”tuyb”. Pour chanter, le Bruant ortolan a besoin d’un perchoir. Il bombe la poitrine et renverse la tête en arrière à chaque strophe. En France, en plus de l’Ortolan, vous pouvez aussi observer le Bruant des roseaux, le Bruant jaune ou le Bruant zizi parmi bien d’autres. Toutes ces espèces d’oiseaux qui sont migrateurs, appartiennent à l’ordre des Passereaux au même titre que l’Hirondelle, l’Alouette, le Pinson et la Mésange. 

Là-bas, sous le soleil d’Afrique, va l’Ortolan

Bruant ortolan chantant
Bruant ortolan (Emberiza hortulana) chantant – Russie – Auteur : Sergey Pisarevskiy CC-BY-SA-2.0

Notre Bruant ortolan se distingue des autres espèces de Bruant par les couleurs de son plumage, plus terne et clair en hiver et son bec court et conique. La tête, la nuque et la poitrine du mâle sont vert olive grisâtre tandis que sa poitrine et sa gorge sont plutôt jaunes. Le dessous de sa poitrine tire vers le rouge cannelle orangé alors que celle de la femelle se pare de tâches et de stries. Ses yeux sont cerclés de jaune pâle. Les rectrices externes, les plumes de l’extrémité de l’aile, sont blanches et visibles en vol. Ses pattes se teintent de rose. L’Ortolan n’est pas le plus grand des Bruants comparé au Bruant proyer qui fait 18 cm et pèse près de 60g. Il ne dépasse pas les 17cm de longueur pour un poids maximum de 30g et d’une envergure maximum de 30cm. . 

Des zones du nord de l’Europe, à la péninsule ibérique, de la Scandinavie au nord de l’Irak et de la Syrie, l’Ortolan est habitué à une grande variété d’habitats, pour des températures allant de 15 à 30°C. Migrateur précoce au long cours, il part dès le mois d’août vers son aire d’hivernage. Celle-ci se situe au-delà du Sahara, de la Guinée à l’Éthiopie où on peut l’apercevoir jusqu’à 2500m d’altitude… mais la zone précise d’hivernage reste encore méconnue. 

Le Bruant ortolan, copain des jardins

Ortolan vu de profil
Bruant ortolan – Pakistan – Auteur : ⒸImran Shah CC-BY-SA-2.0

Habitué à une variété d’habitats, surtout les milieux ouverts parsemés de buissons et d’arbres, il affectionne les terrains secs. Il se nourrit à même le sol de chenilles, de petites sauterelles et autres insectes et de graines surtout pendant la migration. Il recherche des zones de mosaïques assez serrées composées de prés, de prairies, de petits champs d’agriculture extensive et de vignobles riches en perchoirs. Granivore, l’Ortolan est familier des jardins et des zones d’horticulture. D’ailleurs étymologiquement, Ortolan vient de l’italien ortolano, dérivé lui-même du latin “ hortulanus” qui signifie “jardinier” et qui donne les mots dérivés “horticole” ou encore “horticulture”. Au XVIe siècle, l’Ortolan s’écrivait encore avec un “h”  – Hortolan -. On retrouve la dénomination d’Ortolan dans le nom d’un célèbre juriste français du XIXe, Joseph Ortolan dont l’ancêtre était maraîcher. Avec la banalisation des paysages, l’intensification de l’agriculture intensive, l’habitat de l’Ortolan est menacé comme les autres oiseaux des champs. Ce sont ceux qui disparaissent le plus vite. Également en cause, le changement climatique, avec une humidité croissante dans certaines régions, qui fragilise l’espèce nichant à même le sol. 

L’Ortolan, la chute libre

Oeufs
Oeufs d’Ortolan – Auteur : ⒸDidier Descouens. CC BY-SA 4.0

Pendant la période de reproduction au printemps, sa nourriture se compose surtout d’invertébrés. Le couple construit à même le sol mais à l’abri, un nid fait de végétaux dans lequel sont déposés 4 à 6 œufs.Le nid n’est jamais laissé seul et les deux partenaires se relaient pour le défendre. La femelle couve pendant 12 à 13 jours. C’est la seule nichée de l’année. Les oisillons sortent ensuite du nid au bout de deux semaines, nourris par les deux parents. Quand vient l’été, des petits groupes se forment, pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus en hiver.
Si le Bruant ortolan est un bon indicateur des milieux constitués d’une mosaïque de paysages, son aire de répartition a été grandement morcelée. Dans certaines régions d’Europe de l’Ouest, il a disparu localement, et reste menacé d’extinction ailleurs, seule la zone Balte reste épargnée. Dès 1984, il a été consacré ”oiseau de l’année” par les ornithologues européens qui lui ont consacré un symposium. Mais il est en déclin dans au moins 10 pays d’Europe. On estime entre 400.000 et 600.000 couples d’Ortolans présents à l’échelle européenne. En France, l’espèce a disparu de 17 départements en 30 ans ; en cause, l’empoisonnement chronique dû aux pesticides, l’éclatement de l’habitat suite aux remembrements des parcelles dès les années 70. En 1999, l’espèce est protégée dans l’article L-411-1 du code de l‘Environnement. Tout contrevenant s’expose à 200.000 euros d’amende et 2 ans d’emprisonnement. Mais c’est sans compter le poids des traditions et… du braconnage ! Parmi les passereaux, c’est l’espère qui décline le plus. 

L’Ortolan n’aime pas le Président

La LPO, indiquait dans un rapport en 2014 que 30.000 Bruants ortolans sont tués chaque année dans le département des Landes, avec l’aval des autorités pourtant chargées d’appliquer la loi et la réglementation. L’acharnement sur ce petit oiseau est due à la tradition gastronomique, héritée du de l’époque romaine. Au Moyen-Âge, la chair de l’Ortolan était le “must” à déguster sur les tables royales. L’encyclopédie Diderot et D’Alembert au XVIIIe siècle y consacre tout un paragraphe culinaire. Autrefois capturé vivant, mis en cage dans une boite, la “matole”, sans lumière, il est alors engraissé avec du millet blanc puis noyé dans l’Armagnac. L’Ortolan et sa dégustation sont entourés de véritables rituels qui datent du XVIIe siècle : il est nourri vingt et un jours de suite, douze fois par jour. Les convives qui le mangent ont la tête recouverte d’une grande serviette afin de garder tous les fumets et en même temps pour se protéger des regards car sa “dégustation” est salissante, puisque l’oiseau cuisiné dégouline de gras. Des auteurs comme Alexandre Dumas, dans son “Grand livre de la cuisine” paru en 1827, et François Rabelais s’en délectent. La Fontaine organisait une orgie entre “Le rat des villes et le rat des champs” pour venir déguster des ”reliefs d’ortolan”. Les hommes politiques ne s’en privent pas, dont François Mitterrand lui-même. 

L’Union européenne au secours du Bruant ortolan

Ortolan mâle perché
Ortolan mâle – Espagne – Auteur : ⒸPierre Dalous – CC BY-SA 3.0

Malgré l’arrêté qui le protège depuis 1999, le braconnage illégal continue d’alimenter les tables de luxe parisiennes depuis le Sud-Ouest, notamment des Landes, sous prétexte que ces espèces d’Ortolans viendraient de Russie et passeraient par le Sud-Ouest. Une étude, commandée par la fédération de chasseurs en 2016, a montré que la population d’Ortolans migrant par le Sud-Ouest a décru de près de 30% en moins de 15 ans. De plus, une autre étude, voulant justifier la poursuite de la chasse aux Ortolans qui viendraient de Russie avant de passer par les Landes et  menée par le MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle) a finalement conclu que ces Ortolans venaient de Pologne et de Finlande et non de Russie d’où ils migrent directement vers l’Ethiopie. En mai 2019, la Commission européenne a fini par attaquer la France devant la Cour de justice européenne après plusieurs rappels de demande d’interdiction restés lettre morte, alors que l’Ortolan est désormais inscrit sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale de la conservation de la nature). 

Tout en interdisant la chasse à la glue qui piège les Ortolans, d’autres voies sont possibles pour sauver ce petit oiseau comme favoriser la diversité des milieux, les bosquets, les haies et les milieux humides où vivent les insectes. Frédéric Jiguet, Professeur au MNHN, ornithologue et biologiste de la conservation est auteur d’une étude s’étalant de 2012 à 2016 sur l’Ortolan en Europe. Il estime que “l’arrêt de la chasse donnerait en moyenne deux fois plus de chances à l’Ortolan de s’en sortir”… en ajoutant qu’il “faudrait changer le modèle agricole”. 

Auteur photo centrale : ⒸJulien Laignel

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Pour écouter le podcast NOMEN sur le Bruant ortolan :

S03E38 L’Ortolan, entre les gourmets et l’extinction

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Bibliographie :

  • 440 oiseaux de Volker Dierschke – collection Les indispensables de Delachaux
  • La migration des oiseaux, comprendre les voyageurs du ciel de Maxime Zucca – Editions Sud-Ouest

Sources :

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