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Du Chat-Haret à Grumpy Cat, s’il est une créature qui a envahi tous les territoires, et même le grand internet c’est bien le Chat. Mais qu’en est-il du Poisson-chat? Si ses “moustaches” rappelant les vibrisses des félins lui donnent son nom, est-il aussi invasif que son homonyme terrestre?

Nos charmants mistigris appartiennent à la famille des Félidés qui compte 38 espèces. Les Poissons-chats, eux, appartiennent à l’ordre des Siluriformes aux côtés des Silures. Avec des estimations allant de 2000 à 4000 espèces, ils forment un groupe parmi les plus variés sur Terre. En gros, une espèce sur vingt de vertébrés est un Poisson-chat ! De quoi faire pâlir Raminagrobis de jalousie.

Présent principalement en eau douce, dans des lacs comme dans des rivières tumultueuses, le Poisson-chat est un animal dont les capacités d’adaptations sont remarquables. Certaines espèces sont marines et d’autres sont même troglodytiques. Le Poisson-chat est capable de survivre hors de l’eau jusqu’ à 3 heures, et peut supporter des températures allant jusqu’à 35 voire 40°C.
Ainsi il peuple toutes les eaux du monde à l’exception de celles des régions polaires. Parmi les milliers d’espèces connues, certaines ont des aptitudes particulières. Quels sont ces “super-pouvoirs” qui peuvent rendre le Poisson-chat invasif ?

banc de poisson-chat rayé
Banc de Poisson-chat rayé Par Jens Petersen CC BY 2.5 wikimedia

 Les Heteropneustes, comme Heteropneustes microps par exemple, s’accommodent d’eaux stagnantes et possèdent à cet effet des organes arborescents ou des diverticules branchiaux afin de capter l’oxygène atmosphérique. D’autres comme les Poissons-chats marcheurs, Clarias batrachus, oxygènent leur sang à travers leur peau grâce au mucus qui la recouvre. En période de sécheresse, ils s’enfouissent dans la vase en attendant le retour de l’eau. Le Poisson-chat marcheur d’Angola, Clarias angolensis, est capable de coloniser de nouveaux plans d’eau en passant par la terre ferme.

De surcroit, ses stratégies de défense sont aussi remarquables. Par exemple, le Poisson-chat rayé, Plotosus lineatus, fait partie des Poissons-chats à la venimosité la plus forte. Sa piqûre extrêmement douloureuse est cependant rarement létale pour l’homme.

Quand au Candiru, Vandellia cirrhosa, il est sûrement le Poisson-chat qui a défrayé le plus la chronique . Surnommé le “poisson vampire du Brésil”, il est nécrophage mais aussi parasitaire. S’il a plutôt l’habitude de loger dans les branchies de ses victimes, le 28 octobre 1997, un de ces petits poissons a cru bon de remonter l’urètre d’un jeune Amazonien. Bien qu’étant le seul cas documenté à ce jour, ce fait divers a renforcé la réputation de ce poisson. Sa voracité avait déjà été exagérée par les populations locales au 16ème siècle afin d’effrayer les colons.

Petit Poisson-chat deviendra… invasif?

Un Ancistrus, un poisson connu des aquariophiles
Ancistrus spinosus CC BY 3.0 wikicommons

La taille du Poisson-chat est extrêmement variable selon les régions du globe. Il peut mesurer quelques centimètres pour des espèces bien connues des aquariophiles comme les Ancistrus, ou dépasser les 3m pour le Poisson-chat du Mékong. Sous nos latitudes, le Poisson-chat dépasse rarement 30 cm, contrairement à son cousin du même ordre : le Silure. Le record actuel est de 2,80 m pour 130 kg , il est le plus gros poisson d’eau douce de France métropolitaine. Ce gigantisme se retrouve dans le nom Allemand du Poisson-chat : Wels proche de Wal, la Baleine.

 Le Poisson-chat est sans écailles, pourvu d’une grosse tête aplatie, de barbillons bardés d’organes tactiles et gustatifs. Il possède une peau allant du vert olive au jaune cuivré couverte de mucus. On le connaît sous les noms de : Chat, Greffier, Barbicho, Barbotte, en fonction des régions. Rafinesque décrit le Poisson-chat commun, Ameiurus melas, en 1820. Il tient son nom du grec Ameiurus (a = privatif, mei = moins , urus= queue) et du latin melas (noir, noirceur). Il désigne donc littéralement la courte nageoire de ce poisson et sa couleur sombre.

Poisson-chat invasif
Ameiurus melas, présent dans nos rivières . cc wikicommons

Originaire d’Amérique du Nord, le Poisson-chat est introduit en France en 1871. Il aurait gagné la Seine via le réseau des égouts, après s’être évadé des bassins du Muséum d’Histoire Naturelle. Il ne connaît que deux prédateurs : le Silure, et le Black bass qui a lui-même été introduit afin d’en réguler la prolifération. Bien que ne craignant pas les épines venimeuses des Poissons-chats, les Blacks bass les mettent finalement peu à leur menu. Considéré comme invasif, le Poisson-chat pullule donc dans les étangs qu’il colonise rapidement. En dépit de la finesse de sa chair, on le consomme rarement en France. Les pêcheurs ont l’interdiction de le remettre à l’eau et l’obligation de le tuer immédiatement en cas de capture. Sa réputation de grand vorace alliée à ce statut d’espèce envahissante en font un poisson mal aimé du grand public.

Le Poisson-chat autour du monde.

un jeune Pangasianodon
Pangasianodon hypophtalmus CC BY 3.0 wikicommons

Sous d’autre latitudes le Poisson-chat est beaucoup moins boudé. Il est riche en protéines, en vitamine D et en Oméga 6. En effet il fait partie des habitudes alimentaires en Europe de l’Est, en Afrique centrale ou dans la gastronomie Cajun. Cependant cela ne signifie pas que nous ne le retrouvons pas sur nos tables. Et oui, le Panga présent dans les cuisines des collectivité ou sur les étals des supermarchés est bien un Poisson-chat. Dans le delta du Mékong l’élevage du Pangasianodon hypophthalmus est florissant. Il est désormais l’un des poissons les plus consommés au monde!

estampe représentant poisson-chat namazu
Ōnamazu chevauché par Takemikasuchi et Daikokuten. Domaine public.

Par ailleurs, dans la mythologie japonaise, le Poisson-chat, appelé Namazu, est la cause des tremblements de terre. Aujourd’hui encore des chercheurs étudient le comportement d’ordinaire assez calme de ce poisson puisqu’il semble réagir à l’approche des séismes. Dans l’ancienne Egypte, le Poisson-chat a connu son heure de gloire 3000 ans avant notre ère. Ainsi le Poisson-chat renversé, Synodontis batensoda, avait une portée hautement symbolique. Il a l’habitude de nager ventre en l’air, au point que certains ont inversé leur pigmentation. Leur dos est clair et le ventre teinté de noir. Ils semblent donc “mimer la mort” pour mieux renaître ensuite. 

Un autre type de Poisson-chat, du Nil, Malapterurus electricus, le Poisson-chat électrique, inspirait une admiration mêlée de crainte au peuple égyptien. Ainsi sur la palette de Narmer, découverte par James Edward Quibell en 1898 à Hiérakonpolis, on peut trouver les symboles nˁr (Poisson-chat) et mr (ciseau) représentant le nom du roi Narmer. Cela montre l’importance de l’animal qui possédait un hiéroglyphe dédié.

Aujourd’hui encore, on découvre de nouvelles espèces de Poisson-chat. L’Ancistrus saudades, découvert par Lesley de Souza en 2019, fait partie des espèces dont on étudie tout juste le comportement. Son nom vient du mot portugais saudade désignant une sorte de mélancolie. Il est nommé ainsi en raison de sa fragilité face aux changements induits par la pression humaine sur son milieu.

Les découvertes sur le Poisson-chat sont loin d’être finies et relativisent, en fonction des espèces et des milieux, son statut de poisson invasif. Aujourd’hui l’expression populaire “Quand le chat n’est pas là, les souris dansent” pourrait s’appliquer à notre ami aquatique. En effet, une étude récente rapporte que des souris sauteuses, en particulier Notomys alexis, font parties du menu du Poisson-chat saumon bleu, Neoarius graeffei, présent dans les rivières d’eau douce d’Australie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il s’agirait du seul cas connu de poisson d’eau douce australien qui consommerait des mammifère terrestres.
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Pour écouter l’épisode de Nomen sur le Poisson-Chat : S03E31 Les moustaches du Poissons-chat

Pour découvrir les géants d’eau douce sur Petit Poisson Deviendra Podcast : S02E04 Les plus gros poissons d’eau douce 3/3 : Silure, Saumon taimen et chinook et… Requin bouledogue

Enfin, pour aller plus loin et en savoir plus sur les Poissons-chats et leur comportement :

  • Noah R Bressman, Terrestrial Capabilities of Invasive Fishes and Their Management Implications, Integrative and Comparative Biology, Volume 62, Issue 5, November 2022, Pages 1377–1394, https://doi.org/10.1093/icb/icac023
  • Erin Kelly, Kenny J. Travouillon, James Keleher, Susan Gibson-Kueh, David L. Morgan,
    Mammal predation by an ariid catfish in a dryland river of Western Australia,
    Journal of Arid Environments, Volume 135, 2016, Pages 9-11, https://doi.org/10.1016/j.jaridenv.2016.08.005
  • Lesley de Souza, Donald Taphorn, Jonathan Armbruster. Review of Ancistrus (Siluriformes: Loricariidae) from the northwestern Guiana Shield, Orinoco Andes, and adjacent basins with description of six new species https://doi.org/10.11646/zootaxa.4552.1.1

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