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Le chat domestique est régulièrement en contact avec la faune sauvage, ce qui n’est pas sans conséquences. Le sujet des chats et de leur impact avéré ou non sur la biodiversité, est très polémique, très clivant, voire passionnel. Loin de l’hystérie et des mensonges, des lobbies et des prises de position enflammées, cet article se fait l’écho des dernières études scientifiques disponibles sur la question. À chacun de se faire son idée.

Jusqu’en 2013, peu d’études se sont intéressées à cette problématique. À cette date, l’américain Scott R. Loss et son équipe publient “L’impact des chats domestiques en liberté sur la faune sauvage des États-Unis” dans la prestigieuse revue Nature.

Cette étude jette un pavé dans la mare, puisqu’elle estime, aux États-Unis, que les chats tuent chaque année 173 millions d’amphibiens, 478 millions de reptiles, 2 407 millions d’oiseaux, 12 269 millions de mammifères.

Pour la suite de cet article, nous allons nous intéresser aux oiseaux. Il y aurait entre 10 et 20 milliards d’oiseaux aux États-Unis. Entre 13 et 20% sont prédatés chaque année par les chats domestiques. Suite à la publication de ces chiffres, d’autres études feront des estimations dans d’autres pays. Il en ressort des ordres de grandeur sensiblement similaires (1, 2, 3).

L’étude de Loss ne fait pas une mais des estimations de mortalité. On voit ici le détail des résultats des différents modèles. La médiane des résultats apparait comme le résultat le plus probable, c’est donc celui généralement repris dans les médias.

Les chats, loin devant les lignes électriques et les voitures

Répartition des différentes causes de mortalités des oiseaux au canada en 2015. Le poids des chats apparait nettement face à d'autres facteurs.
Répartition des différentes causes de mortalités des oiseaux au canada en 2015. Le poids des chats apparait nettement face à d’autres facteurs. D’après Loss.

Il est intéressant de comparer ces chiffres avec d’autres facteurs de mortalité dûs à l’homme. C’est exactement ce qu’ont fait des chercheurs canadiens, en étudiant la mortalité d’oiseaux par an au Canada en 2015 :

  • chats errants : 116 millions
  • chats propriétaires : 80 millions
  • lignes électriques : 26 millions
  • baies vitrée : 25 millions
  • voitures : 14 millions
  • pesticides : 2,7 million
  • tours de communication : 200 000
  • filets de pêche : 22 000 
  • éoliennes : 20 000
  • mazoutage : 2 000

En France, nous n’avons pas encore (à notre connaissance) d’étude de ce type, qui compile les différentes causes de mortalité et qui les met en comparaison avec la prédation domestique. En toute logique, et vu que les modes de vie et les pays sont comparables, il y a assez peu de raisons que les résultats soient fondamentalement différents.

La prédation des chats en France est estimée entre 75 et 110 millions d’oiseaux par an (GEOCA, LPO, SFEPM). Quant aux chasseurs, ils ne tueraient qu’entre 18 et 25 millions d’oiseaux par an selon les sources (1, 2, 3). Y compris celles des anti-chasse, que l’on n’accusera pas de minimiser les chiffres.

La prédation directe, la partie émergée de l’iceberg

oisillons dans un nid
©Mohann

L’impact le plus évident du chat domestique est certes la prédation. Cela impacte les animaux directement tués, mais aussi, indirectement, leurs jeunes. Si papounet mésange ne rentre plus au nid avec les courses, c’est souvent compliqué de finir d’élever les jeunes… Les chats impactent aussi les prédateurs sauvages des oiseaux, qui de fait voient leurs ressources de nourriture diminuer. Ce qui est au passage un très bon exemple de dégradation de la qualité d’un habitat.

En dehors de la prédation, comme l’a montré Beckerman, la seule présence de chats a un impact sur les populations, à cause du stress et de la peur :

Lorsque les densités de chats sont élevées et même lorsque la mortalité due à la prédation est faible (par exemple 1%), une légère réduction de la fécondité due aux effets sublétaux [stress, peur] peut entraîner une diminution marquée de l’abondance des oiseaux (jusqu’à 95%). Les effets secondaires peuvent déprimer les populations d’oiseaux à un point tel que les faibles taux de prédation reflètent simplement le faible nombre de proies.

On trouve dans les villes et villages des densités allant jusqu’à 200 voire 500 chats au km². Un chat seul, même bon chasseur, a peu d’impact. Mais de très nombreux chats, même mauvais chasseurs, peuvent avoir un impact plus important.

En France, les chats domestiques menacent aussi le chat forestier (Felis silvestris silvestris), espèce autochtone, avec lequel ils peuvent s’hybrider.

Cette série d’article se concentre sur l’impact du chat domestique sur les oiseaux en métropole. Nous n’aborderons donc pas les situations spécifiques dans les îles, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Où les problèmes sanitaires ou les nuisances aux riverains sont d’autres aspects bien réels de la problématique (TrouwborstDoherty, Palmas).

Les chats, des bouc-émissaires utiles ?

Nos chats ont un impact, il est clairement documenté et absolument non négligeable, quoiqu’en disent les lobbies.

Il est important de noter que les différentes pressions qui pèsent sur une espèce s’additionnent et ne se remplacent pas.

Une espèce peut être ciblée par les chats mais pas par les chasseurs (mésanges), par les chasseurs mais pas par les chats (perdrix) ou les deux (grives). 

La recherche du plus gros impact ou la minimisation d’un facteur par rapport à un autre n’a aucune espèce d’intérêt, dans la mesure où il est possible d’agir sur différentes causes en même temps. On peut arrêter de chasser certaines espèces, réduire l’impact des éoliennes sur d’autres et, en même temps, se questionner, chacun individuellement, sur l’impact de son chat.

Si l’on n’est pas personnellement chasseur, agriculteur, promoteur éolien, nos leviers d’actions sur ces thématiques sont assez faibles. En revanche, si l’on est propriétaire d’un chat, nous pouvons agir, prendre la mesure du problème et des mesures tout court.

Il serait contre-productif de se défausser sur les seuls agriculteurs et les chasseurs, que l’on adore détester, alors que les chiffres des études montrent que les dégâts causés par les chats domestiques sont aussi très importants.

Il est souhaitable de passer du “oui mais il y a pire ailleurs” à “Que puis-je faire à mon échelle pour faire ma part?”

FAQ en vrac sur les impacts

“Oui mais sans ça on est infesté de souris” : “Aucune étude documentant le contrôle des rongeurs nuisibles par la prédation des chats dans les zones urbaines n’a pu être trouvée dans notre revue de la littérature” – Crawford 

“Mon chat à moi ne chasse pas ou très peu” : en moyenne les chats rapportent moins d’¼ de leur prises. C’est une moyenne. De plus il apparaît dans les études faites sur le sujet que les propriétaires ne sont pas capables d’estimer correctement le taux de prédation de leurs chats – McDonald

Le saviez-vous ? Plus une espèce est considérée comme mignonne, plus nous avons de mal à la considérer comme pouvant avoir des impacts négatifs et à prendre des mesures 🙂 – Dunn 

Bref, nos chats ont un impact, il est documenté et important.

Si vous n’êtes pas personnellement chasseur ou promoteur éolien, vos leviers d’actions sur ces thématiques sont assez faibles. En revanche si comme moi vous êtes propriétaire d’un chat, vous pouvez agir sur ce point. Idem, vous pouvez pestez autant que vous voulez contre LE problème qui est l’agriculture chimique ou autre, si vous n’êtes pas agriculteur ça ne vous avancera pas grandement. C’est toujours plus facile de dire que c’est la faute des autres plutôt que de balayer devant sa porte. Or la stratégie du “oui mais il y a pire ailleurs” est rarement bonne pour régler les problèmes.

Assez parlé des impacts, rendez-vous dans les articles suivants pour découvrir les solutions qui existent.


Retrouvez notre série d’épisode dédiée à l’impact des chats domestiques sur la faune sauvage :
> Épisode 1 et 2, l’état de la situation
> Épisode 3 et 4, les solutions

Photo de couverture : Mark Marek

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