Il y a 500.000 km de cours d’eau en France… barrés par environ 100.000 “obstacles”. En immense majorité, ce sont des barrages et des “seuils” qui ne sont même plus utilisés, par exemple tous ceux liés à d’anciens moulins à eau. De taille et de hauteur très variables, ils représentent des obstacles dit transversaux, de la centrale hydroélectrique au petit gué. Ces obstacles perturbent deux circulations essentielles, celles des être vivants aquatiques et celles des sédiments. La cavalerie arrivera-t-elle à temps pour y remédier ? Comment réensauvager les rivières ?

Le réservoir du Tillot en Bourgogne-Franche-Comté. C’est joli, mais par où passent les poissons? Photo : Damien Lachas

Il y a les obstacles « transversaux »: barrages, écluses, seuils … Et il y a les ouvrages « latéraux », les aménagements construits, en général, pour limiter les inondations : digues, levées, protections de berge…

Ils n’interrompent pas directement l’écoulement de l’eau, mais empêchent les débordements lors des crues ou des périodes de hautes eaux.

Ces constructions isolent ainsi des zones qui devraient pouvoir rester inondables du lit majeur d’une rivière. C’est pratique pour l’humain qui veut tout contrôler mais ça empêche certaines espèces de frayer par exemple.

D’autres situations peuvent provoquer une fragmentation des habitats. Par exemple, le manque d’eau abaisse la ligne d’eau et provoque parfois des ruptures d’écoulement, ce qui déconnecte et fractionne davantage les habitats. Le manque d’eau peut résulter d’une sécheresse ou de prélèvements d’eau trop importants.

Tous ces obstacles bloquent deux circulations essentielles pour la vie: celles des espèces et celles des sédiments qui viennent ensemencer les mers et le plancton : minéraux, sables, graviers, matière organique…

Blocage pour les espèces migratrices et pour les nutriments

L’Anguille européenne, en voie de disparition

Les obstacles, la pollution et la fragmentation des milieux provoquent la disparition de certaines espèces, en particulier les espèces de poissons migrateurs “amphihalins” (qui passent de l’eau salée à l’eau douce lors de leur migrations).

Pour ces espèces (saumon, esturgeon, lamproie, alose, anguille…) la connectivité entre la mer et l’amont des bassins versants est vitale.

Le transit sédimentaire, quant à lui, permet le transfert de sédiments depuis des “zones de production” – l’amont des bassins, fortement soumis à l’érosion – vers des “zones de dépôt”, qui se trouvent à l’aval. La force du courant y devient trop faible pour transporter les éléments, qui se déposent alors dans le lit de la rivière. Il contribue par ailleurs au maintien des stocks de sédiments sur les littoraux (plages, dunes, vasières, etc.).

La construction du barrage d’Assouan, exemple notoire, en divisant par 5 l’écoulement des sédiments, a quasiment privé de nutriments le phytoplancton en aval ce qui a entraîné en cascade la disparition du zooplancton, qui elle-même a fait disparaître les sardines… À des échelles moindres, c’est l’effet de tous les barrages dans le monde.

À l’inverse, les rivières actuelles ont surchargées en pollutions diverses (plastique, nitrates et phosphates d’origine agricoles notamment à l’origine des algues vertes) 

Érosion du trait de côte… et des prises pour les pêcheurs en aval

Plage des escrocs, Angleterre

Les atteintes à la continuité écologique peuvent aussi avoir des impacts sur la santé et la sécurité, à commencer par les problématiques liées à l’érosion. Le trait de côte recule et la mer “avance” sur la terre.  

Certains usages de l’eau et des milieux aquatiques peuvent aussi pâtir des ruptures de continuité écologique. C’est particulièrement vrai pour la pêche, directement impactée par la diminution du nombre d’espèces pêchées, qu’elle soit exercée par des pêcheurs professionnels ou par des pêcheurs de loisir.

La circulation des poissons et des sédiments à travers les cours d’eau et autres milieux aquatiques est donc vitale. Ce concept simple s’appelle la continuité écologique.

Mais petit à petit, l’oiseau fait son nid. En France, une politique de restauration de la continuité écologique est mise en œuvre pour améliorer la situation, notamment par la destruction ou l’aménagement des obstacles.

Une politique de restauration de la continuité écologique

La « Trame verte et bleue » désigne le corridor écologique constitué par une rivière et ses ripisylves (berges arborées): une autoroute pour la vie dans des habitats fractionnés.

En France, la question de la libre-circulation des poissons dans les cours d’eau a été inscrite dès 1865 dans une loi sur la pêche. En 1919 un autre encadre des rivières “réservées”. Toutes deux sont modifiées dans les années 1980, en vue de protéger certains cours d’eau par 2 types de classements. Le premier interdit la création de nouvelle centrale hydroélectrique, et l’autre oblige à préserver le passage des poissons.

En 2000, au niveau européen, la directive cadre sur l’eau (DCE) intègre la continuité de la rivière comme critère du bon état écologique des cours d’eau. La réglementation française est donc adaptée en conséquence par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) de 2006 (qui précise les 2 listes de classements des rivières).

En 2009, un plan national d’actions pour la restauration de la continuité écologique des cours d’eau est lancé,

En parallèle, le Grenelle de l’environnement (impulsé par Nicolas Sarkozy en 2007) a conduit à l’émergence de la “trame verte et bleue », qui vise à préserver les continuités écologiques terrestres (trame verte) et aquatiques (trame bleue). Les réservoirs de biodiversité sont identifiés et les corridors qui les relient entre eux, pour permettre leur préservation ou leur restauration.

Les actions concrètes de restauration de la continuité écologique

Salmo salar, le saumon atlantique. Permettre aux adultes de remonter pour frayer, se reproduire (montaison).

La restauration de la continuité écologique est mise en place par la destruction ou l’aménagement.

Lorsqu’un ouvrage n’est plus utilisé pour sa vocation première mais conserve néanmoins un intérêt patrimonial ou paysager, il peut être procédé à un abaissement du niveau de l’ouvrage, par exemple à l’aide d’une brèche localisée. Dans ce type de cas, une autre modalité peut être l’ouverture des vannes de l’ouvrage de manière permanente ou temporaire, par exemple durant les périodes de migration des poissons.

Permettre aux juvéniles (smolts) de Saumon de retourner vers la mer (dévalaison).

Dans le cas des ouvrages encore en usage, par exemple un barrage hydroélectrique, des dispositifs de franchissement pour les espèces de poisson peuvent être implantés.

Ces “passes à poissons” ont vocation à permettre le passage d’une ou plusieurs espèces, de l’aval vers l’amont (montaison) ou de l’amont vers l’aval (dévalaison). Leur efficacité n’atteint toutefois pas celle de l’effacement complet d’un ouvrage.

Ce qui sûr, c’est que sans effort de conservation des écosystèmes d’eau douce, D’après l’UICN, en 2120, un tiers des espèces vivantes d’eau douce auront peut-être disparu.

La bonne nouvelle, comme l’expliquent si bien les époux Cochet, c’est que le réensauvagement est déjà à l’œuvre.

Pour aller plus loin :

Les épisodes « Réensauvager les rivières », du Greenletter club :

https://bit.ly/rivieresGLC1_BSG

https://bit.ly/rivieresGLC2_BSG

https://bit.ly/rivieresGLC3_BSG

https://bit.ly/rivieresGLC4_BSG

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