Après avoir poursuivi la LPO, la Fondation Brigitte Bardot et beaucoup d’autres opposants à la chasse, la FNC semble faire du recours en justice une de ses armes de prédilection. Dernière “attaquée” en date, Sandrine Rousseau, ancienne numéro 2 et porte-parole d’EELV. La FNC lui reproche ses déclarations sur le lien entre féminicides et armes de chasse. La fédé chapeautée par le très médiatique Willy Schraen estime qu’elle a tenu des propos “dénigrants et stigmatisants” envers les chasseurs en février 2022. 

Portrait Sandrine Rousseau
©Mathieu Génon / Reporterre

Le 19 février 2022, Mélodie Cauffet est tuée par une chasseuse mineure lors d’une battue au sanglier, alors qu’elle randonne sur un chemin balisé autour d’un village touristique, à la limite du Cantal et de l’Aveyron. Après ce drame, Sandrine Rousseau déclare sur France 2 : “Moi, je pense qu’il faut arrêter la chasse complètement. Ce n’est pas un loisir que d’aller tuer des animaux le week-end avec des fusils. […] Le reste de la semaine, on peut aussi le braquer contre sa femme. On a vu qu’un féminicide sur quatre est lié à une arme de chasse, un féminicide sur quatre.”

À l’annonce de cette nouvelle plainte de la FNC, le 25 août 2022, de nombreux médias ont republié les statistiques au sujet des féminicides. Ils se basent sur les enquêtes réalisées par l’illustratrice Ollune Cillimaleg en novembre 2021, sur l’article de Reporterre de décembre 2021, et sur le travail du collectif Féminicides par compagnons ou ex.  Rappelons que le sujet est également abordé par le collectif Un jour un chasseur dans leur pétition présentée au Sénat en septembre 2021.

Le fusil de chasse utilisé dans 27% des féminicides

Extrait de l’enquête illustrée réalisée par Ollune Cillimaleg

Face à l’opacité des chiffres officiels, toutes les personnes ayant enquêté sur le sujet ont eu du mal à trouver des données fiables. Contacté par Ollune Cillimaleg, le CépiDc (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales des décès) évoquait un manque de moyens, des lenteurs administratives et un manque d’effectifs pour affiner les statistiques sur les décès par armes à feu.

Finalement, c’est grâce à un recensement méthodique des articles de presse que ces informations ont pu être vérifiées. D’après les décomptes réalisés, un fusil de chasse a été utilisé dans 27% des féminicides en 2020, et 25% en 2021.  Ces chiffres, la Fédération Nationale de Chasse ne les nie pas. Ce qui pose problème, ce sont les personnes qui en parlent ouvertement. Depuis quelque temps, les chasseurs s’estiment stigmatisés, et victimes de “racisme anti-chasse”. 

Museler la parole des opposants

Affiche publicitaire de la FNC détournée par la LPO
Campagne publicitaire de la FNC
détournée par la LPO (2018)

La stratégie face à aux lanceurs d’alerte et aux militants semble donc toute simple : après avoir dans un premier temps essayé de redorer l’image des chasseurs à grands renforts de jolis spots publicitaires aseptisés, la FNC est passée à la vitesse supérieure et attaque ses opposants en justice pour diffamation de manière quasi systématique. L’objectif : museler la parole, et dissuader toute personne voulant s’élever contre les chasseurs ou la chasse en général ?

En 2018, une campagne d’affichage de la FNC dans le métro parisien avait été détournée et parodiée par la LPO, qui s’était retrouvée accusée par la FNC de diffamation publique. 

En 2020, suite à des propos tenus par Willy Schraen sur les chats domestiques (il incitait à les piéger, déclarant que les chats tuent plus d’animaux que les chasseurs), de simples citoyens propriétaires de chats ayant proféré des menaces à son encontre sur les réseaux sociaux ont été convoqués devant la justice pour “menaces de violence et de mort”.

La FNC s’attaque donc même à de simples citoyens outrés par les propos polémiques du Président des chasseurs.

Les chasseurs s’estiment “pris pour cibles”

Campagne publicitaire Fondation Brigitte Bardot "Chasseurs, sauvez des vies, restez chez vous"
Campagne de sensibilisation aux accidents de chasse, par la Fondation Brigitte Bardot.

Dans l’autre camp, le naturaliste et militant anti-chasse Pierre Rigaux reçoit quotidiennement, et depuis des années, des menaces de mort sur les réseaux sociaux et même à son domicile, et étrangement, seule une minuscule partie de toutes les plaintes déposées ont pu aboutir. 

En mai 2021, la FNC avait aussi porté plainte contre la Fondation Brigitte Bardot après la campagne d’affichage “Chasseurs, sauvez des vies, restez chez vous”. Willy Schraen déclarait que c’était “une grande première pour les chasseurs d’être ainsi pris pour cible”, et avait attaqué la Fondation pour “calomnie”, mais le tribunal avait considéré dans son jugement que la FNC “n’avait pas d’intérêt à agir pour de la défense de l’intérêt collectif des chasseurs”.

Le 17 février 2022, le collectif Un jour un chasseur (composé d’amies de Morgan Keane, tué par un chasseur en décembre 2020) raconte dans un témoignage sur son compte Instagram qu’une plainte a été déposée contre elles. Elles avaient, quelques semaines auparavant, publié un témoignage dénonçant la présence de chasseurs postés face à la maison de Morgan, un an après sa mort, dans les mêmes conditions que le jour de l’accident. Dénonçant un manque total de respect des chasseurs locaux pour le petit frère de Morgan, elles ont été forcées de supprimer et modifier ce témoignage, pour protéger le témoin d’éventuelles représailles, suite à des menaces et des pressions.

Le 21 septembre 2022, une première audience aura lieu devant la 17e chambre civile du tribunal de Paris, dans l’affaire qui oppose Sandrine Rousseau à la Fédération Nationale de Chasse. Cette dernière réclame à l’élue écoféministe la somme symbolique de 98.879,40 euros de dommages et intérêts, soit 0.10 centimes d’euros par chasseur. 

La somme réclamée nous apprend qu’il n’y a donc plus que 988 794 chasseurs actifs, ayant validé leur permis de chasse cette année. Passés sous la barre symbolique du million, ils ne représentent plus qu’1.47% de la population française au 1er janvier 2022. Pour rappel, environ 80% des français sont opposés à la chasse et souhaitent l’interdire le dimanche, d’après le dernier sondage IFOP pour la Fondation Brigitte Bardot de mars 2021.

Pour aller plus loin

Table ronde avec Un jour un chasseur, l’ASPAS, le collectif des Ruraux pas chasseurs et Baleine sous gravillon : https://bit.ly/convivence_fontainebleau_CBT

Série d’épisodes de Combats/Baleine sous gravillon avec toute l’équipe d’Un jour un chasseur : https://bit.ly/prologueUJUC_chasse_BSG

https://bit.ly/UJUC1_CBT

https://bit.ly/UJUC2_CBT

https://bit.ly/UJUC3_CBT

https://bit.ly/UJUC4_CBT

Pierre Rigaux dans Combats au sujet des accidents de chasse et sur les espèces chassées en France :

https://bit.ly/pierre_rigaux1_CBT

https://bit.ly/pierre_rigaux2_CBT

https://bit.ly/pierre_rigaux3_CBT

https://bit.ly/pierre_rigaux4_CBT

Laisser une Réponse