Le plastique est un fléau et tout le monde est au courant, c’est une bonne chose. Pour autant et malgré la prise de conscience et les efforts (surtout d’une fraction infime des consommateurs et toujours des industriels), il y a 2 gros hics, et pléthore de fausses idées, et de fausses bonnes idées. Recap, clarifications, solutions.

1 Au rythme et malgré les efforts actuels, le rejet du plastique augmenterait toujours de 120% d’ici 2040 ! ⅓ de plastique produit est à usage unique et ⅓ qui finit directement dans les océans. Cocorico, la France est le premier pays pollueur de déchets plastiques sur le bassin méditerranéen. Oups.

2 Depuis la pandémie COVID, le plastique a fait un discret retour en grâce, sous prétexte de ses propriétés « hygiéniques ». Un succès propulsé par les lobbys du plastique (qui défend les intérêts d’environ 50.000 entreprises de plasturgie auprès de l’UE et des gouvernements, assez sympatoches dans le cas du nôtre. Les petits rigolos comme nous faisons peu le poids contre de tels mastodontes en col roulé/Berluti.

Mais nous pouvons continuer à nous battre, en vue de susciter, une bascule sociétale massive. Et ainsi convaincre nos proches d’arrêter d’acheter des contenants en plastiques … par l’exemple plutôt que par le discours réprobateur. C’est déjà assez facile d’éviter d’acheter des packs d’eau minérale (l’eau du robinet est souvent de qualité égale voire plus saine). Facile aussi d’acheter ses shampoings et gels douche en bloc solide.

Patiemment, avec bienveillance, chacun peut passer le mot autour de lui, et une fois de plus agir par l’exemple plutôt que par le discours.

Idées fausses sur l’Océan plastique

oiseau au bord de eau avec dechets plastiquess
Photo: G.J. Whitby

Tordons aussi le cou une fois pour toutes à quelques fausses bonnes idées concernant ce que l’amie Nelly Pons appelle l’Océan plastique. Simon Bernard de Plastic Odyssey le résume bien (voir vidéo en fin d’article).

  • Non, le plastique qui pollue l’Océan ne peut pas être collecté par des bateaux. Et pour cause, sur les 200 millions de tonnes de déchets plastiques qui se trouvent dans la mer, seul 0,6% (1 million de tonnes) se trouve à la surface. Le plastique est dans la colonne d’eau et au fond, dégradé en micro-particules.
tortue marine accrochee a un sac en plastique
Photo: Pete Lindforth
  • Non, le 7ème continent de plastique (le fameux gyre) n’est pas un amas de déchets visible de la surface. On y trouve certes plus de microparticules qu’ailleurs, mais équivalente seulement à ce qui se déverse dans l’Océan tous les 2 jours. 
  • Faut-il dès lors collecter ces miettes en surface? Bof bof, car l’Océan n’est pas qu’un dépotoir. C’est aussi un indispensable réservoir de vie et donc principal puits de carbone de la planète. En ratissant les petits débris, on risque de ramasser aussi le plancton.
  • Non, le plastique en mer ne vient pas majoritairement d’une dizaine de fleuves. Chaque année, sur les 14 millions de tonnes de déchets qui arrivent dans l’Océan, seul 1 million (soit 7%) provient des rivières. Les 10 plus grands fleuves représentent ainsi moins de 1% de la pollution globale. À l’origine de cette information reprise par de très nombreux médias : des études scientifiques simplement mal interprétées.
  • Non, la pêche n’est pas à l’origine de la majorité de la pollution plastique. Le secteur serait à l’origine d’environ 8 % des émissions annuelles de plastique dans l’Océan. La pêche industrielle cause bien des torts à l’environnement, mais arrêter la pêche ne suffira pas à stopper la pollution plastique.

Pour faire clair et simple, le plastique qui se déverse dans l’océan n’est qu’une fraction des déchets terrestres qu’il est impératif de réduire à la source, y a pas ergoter, contrairement à ce que le le lobby du plastique essaie de vendre (assez efficacement malheureusement) au grand public, aux instances dirigeantes de l’UE, et à notre gouvernement plus que complaisant pour ne pas dire complice.

Les fausses bonnes idées sur terre

recyclage bouteilles en plastique
Photo: Viviane Moncauduit

Non, recycler le plastique ne sert à rien. «L’alibi du jetable» est bidon, comme le dit Flore Berlingen dans son livre Recyclage, le grand enfumage. Dans les faits, peu de plastiques connaissent une seconde vie. Dans le monde, seuls 14% des plastiques sont réellement collectés et 10% réellement recyclés.

En Europe seuls ⅓ des plastiques collectés sont recyclés. De fait, on envoie nos déchets vers les pays asiatiques qui croulent sous nos déchets. Dans l’attente, beaucoup de pays se sont mis à incinérer les déchets plutôt que de s’embêter avec l’export.

Le cadre législatif européen ne permet pas aujourd’hui une réelle responsabilisation des producteurs de la filière. En effet, en Europe, il existe ce qu’on appelle la responsabilité élargie des producteurs (REP) qui leur impose de prendre en charge la gestion de la fin de vie des produits qu’ils commercialisent notamment le plastique mais également le carton, le verre…

Pour cela, les producteurs de plastique refilent la patate chaude en finançant des éco-organismes qui ont la charge de soutenir les collectivités pour organiser la collecte et le recyclage des déchets ménagers, et sensibiliser les citoyens au tri.

Mais cette jolie dilution des responsabilité fait reposer le bon fonctionnement du système sur les épaules des citoyens sans que jamais ne soit remise en question la SOURCE du problème : à savoir la production exponentielle de plastique. Facile quand même…

Par ailleurs, non les bioplastiques ne sont pas bio. Comme l’explique Zero Waste France, le terme “bioplastique” est un terme fourre-tout. Il englobe à la fois des critères sur la composition (les plastiques biosourcés) et sur le devenir lui-même de la matière (les plastiques biodégradables). Il existe ainsi deux types de « bioplastiques » :

  • Les plastiques biosourcés : ils sont en partie composés de matières organiques issues d’une agriculture intensive & industrielle (sucre de canne, amidon de maïs ou fécule de pomme de terre…) et qui peuvent contenir jusqu’à 75% de produits issus du pétrole.
  • Les plastiques biodégradables : ils se dégradent sous l’effet de micro organismes et dans des conditions bien spécifiques. Ils ne peuvent donc pas être jetés dans la nature en pensant qu’ils vont disparaître par magie, triés par quelques lutins bénévoles.

Là où ça se complique c’est qu’un plastique biosourcé n’est généralement pas biodégradable et qu’un plastique biodégradable n’est généralement pas biosourcé. Au final, l’ensemble de ces bioplastiques posent autant de problèmes que les plastiques conventionnels : leur fabrication est toute aussi polluante et la question de leur fin de vie n’est absolument pas résolue (transfert de patate chaude).

Les « biosourcés » sont la plupart du temps incinérés et les « biodégradables » restent présents dans la nature très longtemps car il faut des conditions très spécifiques pour permettre leur décomposition (rarement réunies dans la nature). Dans un composteur, ils sont toujours là intacts après des mois de compostage.

Bref : biosourcé, biodégradable, bioplastiques = greenwashing à plein tube !

Les solutions à la pollution du plastique que chacun peut adopter facilement

gourdes en aluminium rouges
  1. Rester vigilant.e.s et éviter de tomber dans les panneaux du marketing.
  2. Boycotter les entreprises polluantes : selon un audit de l’association Break free from Plastique, les marques Pespico, Coco-Cola et Nestlé sont responsables à elles-seules de 14% de la pollution plastique mondiale.
  3. Limiter/supprimer au maximum les produits emballés dans du plastique : en cuisinant des produits bruts, achetés en vrac…
  4. Réparer nos affaires qui tombent en panne pour éviter d’acheter du neuf. Adopter le Défi Rien de Neuf propulsé par Zero Waste France.
  5. Réutiliser des objets pérennes et bannir les équivalents jetables. Gourde en remplacement des bouteilles plastiques, mugs pour les cafés à emporter, sacs en tissu pour éviter les sacs plastiques…
  6. Privilégier la consigne : une très belle alternative pour éviter le plastique. Ce bon vieux tupperware fait bien l’affaire pour la pause dej. Vous pouvez aussi aller dans des restaurants qui proposent la consigne…
  7. Soutenir les associations qui luttent contre le plastique notamment i.boycott et i.boycott (à la fois association, plateforme mais également application)

Conclusion: Aux gourdes citoyens ! formez vos bataillons de proches ! Déplastifions, déplastifions !, qu’une eau pure abreuve nos océans;) !

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La série d’émissions avec Nelly Pons, l’auteure d’Océan plastique :

Sources :

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banniere baleine sous gravillon

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