Toutes les photos de baleines et de cachalots cet article sont de Fabrice Guérin, l’ami qui nous offert la photo de vignette de BSG. Grand merci lui:)

On le sait trop peu, mais les grands cétacés agissent contre le réchauffement climatique, et de manière plutôt significative. Il y a trois raisons à cela, que nous développons dans cet article.

1 Le purin de baleine, excellent fertilisant

La fameuse photo officielle de BSG, avec des Cachalots.

En général, les baleines se nourrissent en profondeur, parfois en dehors de ce qu’on appelle la zone euphotique : la zone dans laquelle la lumière du soleil pénètre et permet la photosynthèse du plancton, jusqu’à 200 mètres au large. Un cachalot peut plonger jusqu’à 2000, voir 3000 mètres de profondeur pour chasser le calamar géant !

Mais il n’y a qu’en surface, ou la pression est faible, que les baleines peuvent déféquer. Elles apportent alors un purin – jusqu’à 3 tonnes d’un coup pour une baleine bleue – riche en fer, en azote et phosphore : les éléments essentiels à la croissance du phytoplancton en surface, où il y a de la lumière.

À chaque fois qu’une baleine défèque donc, c’est plusieurs centaines de kg, voire plusieurs tonnes de plancton qui naissent, tout en absorbant du CO2 . Elles répartissent également ainsi les nutriments au large, apportant la vie là ou les eaux sont généralement moins riches.

2 Les baleines sont des brasseuses

Coucou! – Arctique

En faisant des mouvements de va-et-vient entre les couches supérieures et inférieures de l’océan, les baleines remontent aussi du plancton dans leur sillage par dépression, avant que celui-ci ne coule définitivement dans la zone de pénombre, ce qui lui laisse plus de temps pour se reproduire. Elles remontent aussi par ce mécanisme des éléments nutritifs des eaux profondes, un mini « upwelling », et catalysent donc la production planctonique.

3 Le rôle des carcasses

Pause câlin – Tonga

Les carcasses des cétacés sont d’importants vecteurs directs de matière organique vers le fond. Une fois sur le plancher océanique, à bonne profondeur, une partie est transformée en méthane par des bactéries, mais ce méthane cristallise sous forme de glaces, car la pression est trop forte, il ne remonte pas jusqu’à l’atmosphère.

Si l’on peut imaginer ce rôle négligeable au vu de l’immensité de l’océan et de la rareté des spécimens, il ne faut pas oublier que les populations ont été réduites de 75% au cours des deux derniers siècles. Près de 3 millions d’animaux ont été tués entre 1900 et 1999, soit de loin la plus grande biomasse chassée par l’humanité – bien davantage que les mammouths ou les bisons.

Si l’on reconstituait la population initiale des grands cétacés, on pourrait ainsi augmenter le volume de la pompe biologique de 1,6 million de tonnes de carbone par an (l’équivalent des émissions d’1 million de français), uniquement grâce à leurs carcasses.

Un levier important de géomimétisme donc, s’il fallait des arguments en plus pour protéger les baleines… Il est temps par exemple d’interdire les « prélèvements scientifiques », novlangue pour chasse à la baleine chez les Japonais.

Plus d’infos sur la pompe à carbone biologique océanique dans l’ouvrage « Géomimétisme. Réguler le changement climatique grâce à la nature » de Pierre Gilbert, éditions Les Petits Matins, réédition 2022

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