On sous-estime les effets du bruit et du son dans nos vies. Connaissez-vous la différence entre le son et le bruit ? Le bruit est du son que nous ne désirons pas spécialement entendre et encore moins écouter. Selon le Conseil national du Bruit et l’ADEME, le coût social du bruit s’élève à… 147,1 milliards d’euros par an. Pour se réconcilier avec le son, voici un petit récap sur les sons plus puissants du Vivant, mais pas que…

Quel fut le son le plus fort de l’histoire terrestre ? En 1883, l’éruption du volcan indonésien Krakatoa a été estimée à 276 décibels, soit 4 000 milliards de fois plus fort qu’un marteau piqueur ! Ce type de son tuerait instantanément tout être vivant sur son passage. En effet, au-delà de 194 dB, on ne parle d’ailleurs plus de son, mais « d’onde de choc ».

La plupart des sons quotidiens sont compris entre 30 et 60 décibels (dB). Une feuille d’arbre qui tombe est 10dB. Votre chambre la nuit est à 30 dB. La parole à 1m est à 60 dB, un aspirateur à 70 dB, une tondeuse à 90 dB et un avion au décollage à 140 dB. Le seuil de douleur humain est de 120 dB.

Le bruit humain le plus fort aurait été celui du lanceur Saturn 5, le lanceur d’Apollo, qui brûlait 14 tonnes de carburant en une seconde, et que la Nasa a calculé à 204 dB dans son simulateur.

Voici maintenant le palmarès du monde animal.

Baleine bleue et Cachalot : 188-230 dB

La Baleine bleue et le Cachalot produisent des sifflements de 188 dB. Mais le Cachalot, quant à lui, peut émettre une série de clics pour communiquer et chasser. Chaque clic peut atteindre 230 dB, et possède une portée de 15 km. On pense qu’il sert aussi à étourdir les proies. Mais pour être exact, il n’y a pas grand risque de devenir sourd en croisant un cachalot.

Premièrement, car l’eau étant un milieu plus dense, l’échelle de décibels est différente : un son de 220 dB dans l’eau équivaut plutôt à une intensité de 160 dB dans l’air.

Deuzio, l’intensité sonore perçue dépend de la fréquence : avec une fréquence de 15 kHz (celle du clic du cachalot), le seuil de la perception est plus élevé. Enfin, le clic du cachalot ne dure que 100 microsecondes, insuffisant pour percer notre tympan.

Toujours est-il que les Cachalots sont les animaux les plus forts en gueule de la planète.

Crevette pistolet tigre : 200 dB

crevette pistolet
La Crevette-pistolet

Dans le genre petit mais costaud, il y a madame Crevette pistolet (Synalpheus pinkfloydi, un nom qui rocke et qui rolle non ?), qui n’est d’ailleurs pas la plus petite de ce réca

. À ne pas confondre avec la Crevette-mante.

Sa pince claque à la vitesse d’une balle de fusil, en créant une bulle d’air. Ce phénomène s’appelle la cavitation. Lorsque la bulle implose (le contraire d’exploser), l’onde de choc est mesurée à 200 dB, et tue tout voisin dans un rayon de 2 mètres.

L’implosion de la bulle crée une température qui provoque un flash lumineux à chaque fois que la crevette tire.

Chauve-souris Bouledogue : 140 dB

chauve souris bouledogue
Chauve-souris bouledogue, ou Grand Noctilion, une pêcheuse d’1 m d’envergure

La Chauve-souris bouledogue, ou Grand Noctilion, est une espèce sud-américaine d’1 m d’envergure quand même, soit deux fois la taille de la grande Noctule, la plus grande espèce française. Noctilio leporinus est de loin la plus bruyante de toutes les chauves-souris.

Mais la plupart du temps elle émet ses sons de 140 dB, dans un spectre non accessible à l’oreille humaine (ultra-sons).

L’oreille humaine ne perçoit les sons que de 20 Hz (les graves) à 20.000 Hz (les aigus). Au-delà, ce sont les ultrasons, en dessous ce sont les infrasons.

La Chauve-souris bouledogue (au museau qui rappelle en effet celui d’un bouledogue) est une pêcheuse. Elle se sert de l’écholocalisation pour détecter les poissons sous la surface.

Kakapo : 132 dB

kakapo sur branche
Kakapo, Strigops habroptila

Le Kakapo, dont le nom signifie « perroquet de nuit » en maori, (sur)vit en Nouvelle-Zélande. Il n’en resterait qu’autour de 200. Strigops habroptila, alias Perroquet-Hibou est le seul perroquet du monde non volant, déjà à cause de sa corpulence. Le Kakapo est le plus gros et le plus lourd du monde. Cet oiseau rare peut peser plus de 4 kilos. Végétarien, le Kakapo est un excellent grimpeur.

Pour séduire les femelles, les mâles lancent des cris retentissants, émis du thorax, qui attirent les partenaires potentielles. Le mâle a la capacité de contenir une grande quantité d’air dans son thorax afin de déclencher une grande détonation de 132 dB, qui peut être entendue à plus de 8 km à la ronde.

Singe hurleur : 128 dB

singe hurleur sur branche
Singe hurleur

Les singes hurleurs sont les plus bruyants de tous, les Pavarotti des primates. Les singes hurleurs, aussi appelés alouates, sont les plus grands singes d’Amérique du Sud.

Ils utilisent leur longue queue comme un 5e membre pour se déplacer dans les arbres où ils vivent en tribus d’une dizaine d’individus sous la responsabilité d’un dominant.

Dans la forêt amazonienne, leurs cris, de 128 à 140 dB sont amplifiés par une poche gonflable sous le cou. Ils portent à plusieurs km. Ces cris délimitent leurs territoires et évitent les conflits.

Éléphant de mer : 125 dB

elephant de mer sur plage
Les Éléphants de mer se reconnaissent à la voix

Chez les éléphants de mer mâles, les choses sont simples en matière d’accès aux femelles. Plus Raoul crie fort, plus il est attirant. Leur son chasse les autres mâles et délimite le territoire : chasse gardée ! Les scientifiques (dont Nicolas Mathevon avec lequel nous avons enregistré 8 épisodes sur la bioacoustique) ont découvert que les éléphants de mer se reconnaissaient entre eux en mémorisant le rythme et le ton unique des cris de leurs congénères.

Pour les éléphants de mer qui vivent en colonies hiérarchisées, savoir qui est qui, et surtout qui est le patron est très important. Les « petits » mâles, ceux qui sont soumis, doivent reconnaître le son du mâle dominant pour éviter une confrontation. Les éléphants de mer mâles pèsent plus de deux tonnes. Au sein de ces géants des pinnipèdes (famille des Phoques, Morses et Otaries), les bagarres sont sanglantes, voire mortelles parfois.

Cigale épicier verte : 120 dB

La plupart des espèces de cigales chantent jusqu’à 90 dB. Le record appartient à la cigale épicier verte (Cyclochila australasiae) à 120 dB. Les cigales chantent elles aussi pour attirer les partenaires. Fait notoire, leur chant en groupe perturbe les sens des oiseaux et des autres prédateurs. 

cigale epicier verte sur feuilles
Cigale épicier verte, Cyclochila australasiae

Dès que la température atteint 25 °C, le mâle chante, ou plus exactement, il cymbalise. Les cigales ne stridulent pas comme le criquet. En effet, la stridulation est produite par le frottement de deux parties du corps d’un insecte (ou plus généralement d’un arthropode, car les mygales stridulent aussi).

La cigale mâle possède un organe phonatoire spécialisé, les cymbales, situé dans son abdomen. Elles résultent de la déformation d’une membrane (grosso modo comme le couvercle d’un bidon) actionnée par un muscle. Le son produit est amplifié dans une caisse de résonance et s’évacue par des évents.

La fréquence et la modulation de la cymbalisation caractérisent les différentes espèces de cigales. Les spécialistes sont capables de distinguer deux espèces de cigales simplement à l’oreille.

Last but not least, pendant le chant, les cigales détendent leur tympan afin de ne pas l’exploser par leur propre bruit.

Éléphant : 117 dB

elephanteau et elephant
D’Asie ou d’Afrique ce petiot ?

Les éléphants émettent différents types de son. Celui émis par leur trompe, qui ressemble à celui d’une trompette, atteint 117 dB. La trompe des éléphants possède plus de 100 000 muscles différents. C’est une trompette perfectionnée : les éléphants émettent ces barrissements lorsqu’ils sont en colère, en détresse ou excités.

Les éléphants utilisent d’autres types de sons pour communiquer ou exprimer leur état. Pour s’appeler sur des longues distances, ils utilisent des infrasons qui sont inaudibles pour l’être humain.

Au moyen de la plante de leurs pattes, ils sentent les vibrations des infrasons avant de les entendre avec leurs oreilles (les sons voyagent plus vite dans la terre que dans l’air). La différence de temps qu’il y a entre capter les vibrations avec leurs pattes et les écouter leur permet de calculer avec beaucoup de précision la direction, la distance et la provenance de l’appel.

Lion : 110-114 dB

Le rugissement du roi des animaux, qui atteint 114 dB, peut être entendu à 8 km à la ronde. Les rugissements leur servent à marquer leur territoire. Ils dissuadent, en théorie, les mâles rivaux et de potentiels ennemis.

lion fond noir
Sa majesté Panthera leo

Fait notoire, les lions, les tigres, les léopards et les jaguars (tous du genre Panthera) peuvent rugir… alors que tous les autres félins ne peuvent que ronronner, ou feuler, grand max. La réponse se trouve dans le fameux os hyoïde. Si cet os est entièrement ossifié, comme pour la plupart des félins : ils ne peuvent que ronronner. C’est le cas du chat et du guépard. Mais chez les félins du genre Panthera, cet os est en partie ligamentaire. Il peut donc vibrer et produire du son : c’est pourquoi le lion, le tigre, le léopard et le jaguar peuvent rugir.

Mais pas de jaloux ! Le ronronnement et le rugissement s’excluent mutuellement, de sorte que les lions, les tigres, les léopards et les jaguars sont tous incapables de ronronner, tandis que tous les autres félins peuvent ronronner, mais pas rugir. Le ronronnement est une vocalisation produite à l’inspiration et à l’expiration de certains félins. Il est produit par la contraction des muscles du larynx, ce qui fait vibrer de minces cordes vocales. Les grands félins ne ronronnent pas. 

La punaise d’eau : 105 dB

punaise eau
Micronecta scholtzi

Si l’on mesurait le niveau sonore proportionnellement à la taille des animaux, une punaise d’eau baptisée Micronecta scholtzi serait la championne.

Pour attirer ces dames, le mâle produit dans l’eau un son de 105 dB … en frottant son pénis contre son abdomen.

Cette spécificité lui vaut le doux surnom de “pénis chantant”.

En explorant la diversité des sons produits par les insectes des rivières et des mares, Jérôme Sueur du laboratoire “Origine, structure et évolution de la biodiversité” (Muséum national d’Histoire naturelle / CNRS), David Mackie et James F.C Windmill (University of Strathclyde, Glasgow) ont découvert les capacités de cette petite punaise d’eau de 2 mm.

Le chant des mâles est si intense qu’il traverse la surface et peut être entendu à plusieurs mètres de distance. Ce niveau sonore est considérable surtout si l’on considère la toute petite taille de l’insecte. Si l’on compare le rapport puissance acoustique / taille du corps, Micronecta scholtzi apparaît comme l’animal le plus efficace en termes d’énergie acoustique, dépassant notamment les grands mammifères comme les éléphants ou les baleines !

Et c’est ainsi que la boucle est magnifiquement bouclée avec le Cachalot du début;)

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Pour écouter les épisodes sur la bioacoustique avec Nicolas Mathevon :

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banniere baleine sous gravillon

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