Les chauves-souris blanches du Honduras pratiquent le camping. Elles construisent des tentes avec de grandes feuilles d’Heliconia sp. pour se protéger des prédateurs, du soleil et de la pluie. Elles s’y abritent en grappes.

Sapajou à dos rouge – Photo : Charlie Jackson

Ectophylla alba, la chauve-souris du Honduras, est une des plus petites espèces de chauve-souris constructrices de tentes. Elles pèsent à peine 5 à 6g! Elles vivent en Amérique centrale, du Guatemala au Panama. Leur apparence est atypique: on a plus l’habitude de voir des chauves-souris noires ou marrons foncées que blanche avec un nez jaune! Cette couleur originale a un avantage: lorsque les chiroptères blancs sont réunis sous les feuilles, leur pelage reflète la couleur verte de leur tente. Elles sont ainsi mieux camouflées que si elles étaient foncées!

Leur seul prédateur connu est le Sapajou à dos rouge (Saimiri oerstedii). Il chasse principalement grâce à sa vue. Il inspecte les feuilles minutieusement jusqu’à trouver une proie. Refléter la couleur des feuilles permet donc aux chauve-souris de passer inaperçues pour ce prédateur.

Qu’en est-il du risque d’être repéré par des prédateurs qui chassent à l’odorat? On pourrait penser que l’accumulation d’individus sous une tente dégage une forte odeur. Un groupe serait dans ce cas une cible facilement identifiable pour les prédateurs. Par un heureux hasard, le régime alimentaire des chauve-souris du Honduras diminue le risque d’émanation d’odeurs. Elles consomment principalement du jus et de la pulpe de fruits. Ces aliments sont rapidement digérés et éliminés, avant même d’arriver à la tente. Cela réduit la quantité de fèces présents sous la tente et donc l’odeur émise par le petit groupe de chauve-souris.

Des tentes minutieusement élaborées

Groupe de chauve-souris blanches du Honduras sous leur tente – Photo Scott Olmstead

Pour transformer les feuilles en tentes, les chauve-souris blanches grignotent certaines parties de la feuille. Elles choisissent spécifiquement de la perforer des deux côtés de la veine centrale puis de faire d’autres ponctuations sur le limbe (partie large et aplatie) de la feuille. Elle s’affaisse et forme une tente protectrice à la fin du processus. 

2 à 12 chauve-souris s’y accrochent en grappes… à des encoches prévues au préalable par les constructrices! Le groupe peut utiliser la même tente pendant environ 45 jours après sa construction.

Non seulement cette tente procure une cachette pour le repos, mais aussi une protection contre les conditions climatiques capricieuses… La température sous les tentes augmente lorsque les chauve-souris sont présentes, les protégeant des baisses de température extérieures. Elles sont aussi protégées de la pluie sous leur abri de verdure.

Un dortoir mixte

Chauve-souris blanche du Honduras – Photo : Nicolas Ory

Sous une tente, la composition d’un groupe est stable. Il est composé de femelles, de leurs petits, des pères de ces bébés et de mâles n’ayant aucun lien génétique avec le reste du groupe.

Les pères défendent leur descendance et la tente où ils vivent tandis que les autres mâles sont plus passifs dans la vie de la communauté. Ils attendraient de trouver une compagne pour fonder leur propre communauté.

Les mâles reproducteurs ont en général un nez avec des couleurs plus vives, bien que le lien entre la couleur de leur nez et le succès reproductif n’ait pas été prouvé.


Photo de couverture : Leyo

Sources :

Anne P. Brook, 1990, Journal of Zoology
Gutiérrez & al., 2021, Integrative Zoology

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