À partir du 19e siècle, sur la côte pacifique du Canada, les loutres de mer ont été progressivement exterminées pour leur fourrure. Problème : en l’absence de leur principal prédateur, les oursins ont commencé à pulluler et à ravager les forêts de kelp. Pour y remédier, le gouvernement canadien a décidé de réintroduire 89 loutres dans les années 70. Bilan.

arbre vu du dessous foret de kelp
La forêt de Kelp est une pouponnière des océans.

Ces algues géantes sont appelées laminaires en français. Les forêts de kelp sont des oasis de vie et des pouponnières pour la vie marine. Ce sont aussi de gigantesques puits de carbone. Elles peuvent pousser de 50 cm par jour, plus que le bambou (le record terrestre) et mesurer jusqu’à 50 m. 

En l’absence de prédateurs, dont les loutres de mer exterminées à la fin du 19e siècle par le business de la fourrure, les oursins ont ravagé ces forêts tellement importantes pour les océans. Pour remédier à cette situation fâcheuse, dans les années 1970, le gouvernement canadien a décidé de réintroduire 89 loutres.

50 ans plus tard, les loutres ont régulé le nombre d’oursins qui surconsommaient les laminaires. Une peu sur le modèle extraordinaire des loups réintroduits dans le Parc Yellowstone aux États-Unis, cette réintroduction a dépassé les attentes : En régulant les oursins les loutres ont été bénéfiques au milieu qui a généré 37% de biomasse en plus depuis leur réintroduction.

Cerise sur la tarte pacanes, le retour des loutres attire désormais les touristes et aurait rapporté une cinquantaine de millions de dollars canadiens.

Réintroduction et concurrence entre la loutre et les pêcheurs

Mais attention, là encore, tout n’est pas si simple, tout blanc ou tout noir. Les loutres mangent aussi des crustacés et des coquillages… qui sont le gagne-pain des pêcheurs locaux. Ces morfales certes toutes choupies ingurgitent jusqu’à ¼ de leur poids par jour. Beaucoup de ces pêcheurs impactés sont en majorité issus des premières nations, qui grognent.

Morale de notre histoire : Toute réintroduction, ou tout retour naturel d’une espèce n’est pas anodin. C’est évidemment le cas des loups en France (qui n’ont pas été introduits, qui sont revenus tout seuls comme des grands… prédateurs), qui tuent 12.500 brebis chaque année, contre 400 pour la paire lynxours…  Ça barde fin à l’automne 2022 dans le Jura français. Les éleveurs exigent l’abattage des loups. Marc Fesneau, notre Ministre de l’agriculture, semble impatient de leur accorder cette solution aussi radicale que contre-productive à long-terme.

Trouver un équilibre

Ce n’est pas facile de trouver un équilibre entre ce qui reste du sauvage et les milieux (extensivement) occupés par les humains.

D’un côté, un monde sans prédateur est synonyme de milieux appauvris, de surpâturage, d’abroutissement, de prolifération de maladies, d’espèces causant des dégâts, de détérioration du terrain … Car tous ces prédateurs sont des ingénieurs des écosystèmes.

De l’autre, les hommes se sont installés et veulent défendre leurs gagne-pain et leurs pâturages et leurs estives. Ce que quiconque peut comprendre sans s’énerver ou trancher de manière inconsidérée …

Espérons que nous aurons la sagesse de retrouver la bienveillance et le respect du Vivant, et donc des terrains d’entente, qui ne passent pas systématiquement par la solution du destruction de ce Vivant, qui n’est pas une solution d’ailleurs, mais un pis-aller pour acheter momentanément la paix sociale.

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