L’unique colonie française de Fous de Bassan a été décimée par la grippe aviaire, survenue en juillet 2022. Le virus H5N1 est très contagieux et incurable chez les oiseaux. Le traçage de la contamination est pour l’instant inconnu.

Morus Bassanus, aka Fou de Bassan

Le Fou de Bassan est le plus grand oiseau marin d’Europe. Ses “ailes de géant”, comme dirait Baudelaire (certes à propos de l’Albatros) font 1,80 mètre d’envergure. Les Fous de Bassan sont de magnifiques casse-cou. Ils plongent comme des flèches dans l’eau. Ils chopent ainsi, jusqu’à 6m de profondeur, maquereaux, harengs, capelans, lançons et calmars.

Ils forment des couples à vie. Ils élèvent un poussin par an, dans des colonies énormes. 5 mois d’aller-retours quotidiens (jusqu’à 450 km/jour) pour nourrir leur rejeton.

La seule colonie française de Fous de Bassan s’était installée sur l’île du Rouzic dans les années 1930. Le Rouzic est l’une des 7 îles de l’archipel du même nom (situé en face de Perros Guirrec dans les côtes d’Armor). C’est la plus ancienne et la plus importante réserve ornithologique de France. Elle est gérée par la LPO, justement créée en 1912 pour stopper le massacre des macareux lors de safaris de villégiature à cet endroit.

Cette colonie de fous n’avait cessé de croître jusqu’à 2010, avant de stagner (baisse des ressources en poisson, noyade dans les engins de pêche le long des routes migratoires, changement climatique…). En 2021, elle comptait 19.000 couples.

H5N1, un virus né dans un élevage industriel d’oies en Chine

Impact de la grippe aviaire sur la colonie de fous de Bassan sur l’île Rouzic © Armel Deniau

Et la grippe aviaire est arrivée début juillet, sans qu’on sache pour l’instant comment.

L’épidémie a décimé la population adultes, mais a aussi entraîné un taux d’échec de la reproduction de 90% pour 2022. En à peine quelques semaines, la population dense s’est clairsemée sur les falaises. Le blanc manteau de l’île est devenu un monceau gris de cadavres décomposés. Beaucoup d’autres ont disparu en mer ou sont retrouvés morts sur le littoral.

Cette grippe est due à un virus H5N1, apparu en 1996 dans un élevage d’oies en Chine. Un variant plus virulent frappe particulièrement les oiseaux de mer depuis 2021. Il s’est répandu depuis dans le monde et frappe une dizaine d’espèces d’oiseaux marins.

Les spécialistes s’inquiètent pour les autres oiseaux marins qui vont bientôt nicher à leur tour : Fulmar boréal, Puffin des anglais, Océanite tempête. Des décennies d’efforts de conservation sont en tous cas anéantis. Hommage et fraternité à celles et ceux, admirables, qui veillent sur ces oiseaux. Je les connais et ils sont dévastés.

Pourquoi on en parle? Parce que c’est une nouvelle occasion concrète de bien prendre conscience de l’impact des pratiques d’élevage industriel sur la faune sauvage. Il est urgent de changer nos modes de production alimentaire afin de favoriser les circuits courts, dans des élevages de taille raisonnable.

Le sauvage prend cher, le plus souvent dans l’indifférence, y compris médiatique.

Une histoire de fous

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