Photo: Charles J. Sharp

Le Loup d’Abyssinie (Canis simensis) est l’une des 5 espèces de Loups. L’une des moins connues. Ce sosie efflanqué de Chacal vit en meute mais part seul la journée pour chasser des rongeurs… en bon voisinage voire en association avec des singes Gelada.

Il y a 5 espèces de Loups dans le monde. D’abord le Loup gris, le plus connu et le plus répandu, d’Eurasie à l’Amérique du Nord. Ensuite le Loup rouge, Canis rufus qui était initialement présent dans tout le Sud-Est des États-Unis et qui ne subsiste aujourd’hui qu’en Caroline du Nord. Le Loup de l’Est, Canis lycaon, a lui colonisé l’Est du Canada. Le Loup africain, Canis lupaster, vie en Afrique du Nord. Et la 5e espèce est notre Loup d’Abyssinie.

Répartition des sous-espèces de Loup d’Abyssinie

Il y a 100.000 ans, pendant la dernière glaciation, une espèce de Loup a colonisé les territoires “afro-alpins”, très étendus à l’époque dans la région de l’Éthiopie, de l’Érythrée et du Soudan (la “corne de l’Afrique”). C’est alors pendant la déglaciation, il y a environ 15.000 ans, que ces écosystèmes se sont fragmentés, ne subsistant que dans les plus hautes altitudes. Ce Loup s’est donc retrouvé isolé, devenant le Loup d’Abyssinie (pdf en anglais), ou Loup d’Éthiopie (Ethiopian wolf en anglais).

Il y a deux sous-espèces. La première se trouve au nord de la vallée du Rift et s’appelle Canis simensis simensis. La seconde est donc au sud de la vallée, et se nomme Canis simensis citernii, qui a des os du naseau plus long que son cousin, la différence est donc subtile.

Le Loup d’Abyssinie se trouve dans les hautes montagnes d’Ethiopie, entre 3.000 et 4.000 m. Il vit dans des poches isolées de bruyères, prairies, et zones rocheuses des milieux afro-alpins. Il préfère les milieux ouverts où les rongeurs sont alors plus abondants.

Une étrange mais très bénéfique association avec les singes Gelada

Un daman des rochers
– par Charles J. Sharp

Les Loups d’Abyssinie mangent en grande majorité des rongeurs (en anglais), parfois des jeunes Nyalas (une espèce d’antilope), des Lièvres ou des Damans (un petit animal génétiquement proche… des Éléphants).

Son alimentation est donc beaucoup moins variée que celle des autres canidés. Puisqu’il y a peu de grands herbivores dans ces écosystèmes (cf Loup à crinière), les Loups d’Abyssinie ne sont pas obligés de chasser en meute et peuvent marauder seuls en quête de rongeurs. Le territoire d’une meute totalise en moyenne 6 km².

Chaque individu a ses préférences (… et ses talents) en matière de méthodes de chasse. L’un va par exemple creuser dans les terriers, tandis que l’autre va se poster à l’affût à l’entrée… ou à une sortie de secours. Enfin, d’autres vont souffler dans les trous pour déloger leurs occupants.

Après leurs chasses en solitaire, les individus se rejoignent à l’aube, à midi, et le soir pour interagir et dormir en groupe. Le Loup d’Abyssinie vit en meute de 2 à 6 individus, parfois jusqu’à 20. Ces regroupements les protègent de leurs prédateurs, la Hyène tachetée (Crocuta crocuta) et l’Aigle ravisseur (Aquila rapax).

Loup d'Abyssinie de profil, le museau dans un terrier
Loup d’Abyssinie en train de chasser
– par ©Ly Dang 2020

En marge de leurs chasses en solitaires, les Loups d’Abyssinie forment des associations avec des singes Gelada. Les Loups n’attaquent alors pas les Singes, et ces derniers ne sont pas effrayés par eux. Ils cohabitent en bonne harmonie.

Une étude de 2015 (article en anglais) a montré que dans ces moments-là, les Loups attrapent 3 fois plus de rongeurs ! Deux hypothèses pour expliquer ce succès: la première est qu’en cueillant l’herbe, les singes dérangent les rongeurs qui sortent de leur terrier. La deuxième est que la présence des primates rend difficile la détection des prédateurs par leurs proies.

Le Loup d’Abyssinie est l’un des canidés les plus menacés d’extinction !

Il y a une hiérarchie stricte car seule la femelle dominante peut se reproduire. Cependant, pour limiter la consanguinité, elle va souvent s’accoupler avec un mâle d’une autre meute. Fait notoire chez les canidés : ce sont les femelles qui quittent la meute et se dispersent, comme chez les Lycaons.

Loup d'Abyssinie adulte de profil, ouvrant la bouche. 2 louveteaux ont leur tête dans sa bouche, un troisième semble se faire allaiter
Loup d’Abyssinie adulte nourrissant les petits de la meute – par ©Ly Dang 2020

Comme chez beaucoup de canidés, ils ont une gestation d’une soixantaine de jours, donnent naissance à 2 à 6 petits, et vivent 8 à 10 ans. La période de reproduction s’étend d’août à novembre. Période pendant laquelle le pelage de la femelle devient plus jaunâtre et laineux, et sa queue devient brunâtre. Tous les membres de la meute prennent soin des petits, et une femelle subordonnée peut même les allaiter !

Le Loup d’Abyssinie est une espèce menacée. Elle a ainsi failli disparaître dans les années 1990. Elle est aujourd’hui protégée, mais les populations souffrent de la perte d’habitat due à l’agriculture, du surpâturage, des maladies, des accidents de la route et du braconnage.

Les efforts de préservation menés par le gouvernement éthiopien comprennent par exemple des campagnes de vaccination des Chiens et des Loups, des stérilisations d’individus hybrides, et des campagnes d’éducation.

Pour aller plus loin:

• Le livre “Canidés du monde” , de José R. Castello, éditions Delachaux Niestlé, 2020
Le site de l’UICN (en anglais) pour voir les menaces qui pèsent sur cette espèce
Le site de Salva Fauna sur le futur de l’espèce
• L’article de Sillero-Zubiri et al., 2011 (en anglais) sur la biologie et le comportement du Loup d’Abyssinie

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