Co-écrit par Ulysse Raibaldi.

Le “loup peint”, Lycaon pictus, est un redoutable chasseur en meute. La meute est organisée autour d’un couple alpha. Chaque membre a son rôle: pendant une chasse les petits sont gardés par des individus vieux ou blessés. Lors de la curée, les handicapés et les vieux reçoivent leur part, ce qui est extrêmement rare dans le monde animal.

Meute de lycaons s’habritant de la pluie – Photo : Wegmann

Les lycaons sont des animaux sociaux. Ils vivent en meutes d’une dizaine d’individus en majorité Le lycaon, ainsi nommé du nom d’un roi cannibale de la mythologie grecque, est un canidé d’Afrique subsaharienne et centrale. C’est un nomade, pouvant parcourir plus de 50 km par jour, qui vit en meute d’une dizaine ou plus d’individus, principalement des mâles. Adeline Lobbes nous en parle dans l’épisode 84 de la saison 2.

Chez les lycaons, le sex-ratio est déséquilibré. Dans les populations naturelles, à l’âge adulte, il y a environ 69% de mâles et donc seulement 31% de femelles! D’après des données de parcs zoologiques, le sex-ratio est biaisé dès la naissance puisqu’une portée est composée d’entre 55 et 59% de mâles…1

Contrairement à la plupart des animaux vivants en meute, où ce sont les mâles qui quittent leur groupe natal à l’âge adulte, chez les lycaons se sont les femelles qui partent. Seulement une partie des mâles quittent la meute, tandis que la totalité des femelles partent chercher un autre groupe!1

Deux hiérarchies dans la meute

Au sommet hiérarchique de la meute se trouve un couple alpha qui est le seul à se reproduire. Tous les adultes de la meute aident à élever les petits qui sont particulièrement nombreux dans chaque portée (6 à 12). Après une chasse, la meute amène de la nourriture à la femelle allaitante, aux petits et aux adultes trop âgés pour chasser, blessés ou restés en retrait pour les protéger.2

Tandis que la femelle alpha est peu défiée et perd rarement son titre, le mâle alpha doit se battre pour garder sa place. Il est régulièrement défié et remplacé.3

Chasser en équipe pour être plus fort !

Un lycaon seul peut attraper des proies de taille moyenne (ex: gazelle de Thompson) mais la plupart du temps ils chassent en meute, voire en “équipe”: des lycaons de plusieurs meutes différentes peuvent s’associer pour une chasse. 

Tout le monde participe à la chasse en général menée par le mâle alpha, puisque mâles et femelles opèrent ensemble. Les lycaons n’aboient pas, ils produisent des sortes de couinements et “d’éternuements” pour communiquer. Cela leur permet de prendre des décisions de groupe presque démocratiques, notamment lors des chasses. En effet, en général le choix du mâle alpha prévaut sur les autres, mais dans certains cas le choix de la majorité est adopté.4 

Gazelles de Thompson – Photo : Benoit Huck

Le principal atout de ces prédateurs est leur endurance. Ils peuvent courir à 45km/h sur 5km. À titre de comparaison, le guépard, lui, atteint 110km/h sur… seulement 500m ! Les gazelles de Thompson, une de leur proie favorite, peuvent atteindre 80km/h mais uniquement sur 3km. Les proies sont donc attrapées car épuisées et les lycaons ne prennent pas toujours le temps de les achever avant de les dévorer. Ceci leur vaut leur réputation d’être cruels, mal-aimés des humains. Pourtant, économiser ce temps de mise à mort leur permet de protéger la proie des vols d’autres prédateurs. Les lycaons vont encore une fois collaborer pour manger rapidement leur proie et ensuite en régurgiter une partie pour nourrir les petits et les membres de la meute restés en retrait pour les protéger.5

Une espèce menacée de disparition

Lycaon pictus est une espèce placée sur la liste rouge de l’UICN qui a déjà disparu de la majorité des territoires qu’elle occupait. Son aire de répartition se réduit d’années en années à cause de l’expansion des activités humaines (agriculture et immobilier).6


1Frame & Frame, 1976, Nature

2Courchamp & MacDonald, 2001, Animal Conservation

3Herbison Frame & al , 1979, Zeitschrift für Tierpsychologie

4Walker & al., 2017, Procceedings of the Royal Society B

5Estes & Goddard, 1967, The Journal of Wildlife Management

6 UICN

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