Photo: USFWS Endengered species

Le Loup rouge, canidé d’Amérique du Nord, a disparu à l’état sauvage dans les années 1980 à cause de la chasse. Mais face au constat de son déclin dans les années 1950, un programme d’élevage a été lancé. C’est ainsi, en 1987, que le Loup rouge devient le premier Loup à être réintroduit avec succès en Amérique du Nord.

Carte de l'Amérique du Nord, avec le Sud-Est des États-Unis en rouge
Répartition historique du Loup rouge

C’est dans tout le Sud-Est des États-Unis que le Loup rouge (Canis rufus) était initialement présent. Dans les années 1970 il n’en subsistait plus qu’une centaine à cause de la chasse. Les dernières meutes survivaient alors à la frontière entre le Texas et la Louisiane. Les programmes étasuniens de régulation des carnivores du début du 20ème siècle ont accéléré son déclin et facilité son hybridation avec les Coyotes (Canis latrans). In extremis, on a capturé 14 Loups afin de lancer un programme d’élevage.

C’est ainsi qu’en automne 1987, en Caroline du Nord, le Loup rouge devient le premier Loup réintroduit avec succès en Amérique du Nord.

Braconnage et hybridation renvoient l’espèce au bord de l’extinction 

En 2022, ce canidé est à nouveau en “danger critique”. Il ne resterait que 70 individus à l’état sauvage, chiffre qui continue de diminuer. Pour contrer cela, les programmes d’élevage continuent, avec 200 Loups en captivité aux États-Unis et au Canada.

Les principales menaces sont l’hybridation avec les Coyotes, les risques de consanguinité, et le braconnage. Toutes ces menaces sont liées les unes aux autres, car plus on chasse les Loups rouges, plus les risques d’hybridation et de consanguinité augmentent.

La menace la plus étudiée est l’hybridation avec le Coyote. En effet, tous les canidés du genre Canis sont interféconds. Cela signifie qu’ils peuvent se reproduire entre eux et que leur descendance est fertile. Ce genre comprend les Loups, les Chiens (Canis lupus familiaris), le Coyote et le Chacal doré (Canis aureus). 

Loup rouge debout, de face, sur un tapis de feuille mortes
– par Davepape

On a justement réintroduit le Loup rouge au Nord-Est de la Caroline du Nord car, avant les années 1990, il n’y avait pas encore de Coyotes. Mais ces derniers ont fini par coloniser cette région. On a donc lancé des programmes de stérilisation. L’objectif était de faire en sorte que les individus stérilisés occupent les territoires de la région, et n’en laissent aucun vacant pour d’autres Coyotes. Mais les individus stérilisés dans les années 2000 n’ont pas réussi à “tenir” leur territoire, et d’autres envahisseurs sont arrivés.

Les politiques pour limiter les populations de Coyotes sont inefficaces, et les lois permettant de les abattre augmentent le risque de tuer accidentellement ou volontairement un Loup rouge. 

Comme cité plus haut pour le début du 20ème siècle, les programmes de régulation des prédateurs accentuent, aujourd’hui encore, la diminution des effectifs de Loups rouges. Tout en augmentant les risques d’hybridation et de consanguinité. On observe le même phénomène chez le Loup de l’Est (Canis lycaon), le cousin canadien.

Une solution proposée aujourd’hui est de vérifier si le phénotype des individus (leur apparence) peut servir de “barrière reproductive”. En effet, on observe que certains Loups rouges préfèrent des “conspécifiques” (individus de leur propre espèce), tandis que d’autres n’ont pas de préférence entre un autre Loup rouge ou un Coyote. Ce qui peut aboutir à ces hybridations qui affaiblissent l’espèce.

La corpulence par exemple est le principal critère qui permet de différencier les deux espèces. Cependant, d’autres facteurs, comme l’abondance des proies, peuvent avoir une influence sur la corpulence. L’objectif est donc de jouer sur ces facteurs pour accentuer les différences physiques entre Loups rouges et Coyotes.

Le Loup rouge est adapté au climat chaud et humide du Sud-Est des États-Unis

Le Loup rouge est l’une des 5 espèces de Loups, dont le fameux Loup gris (Canis lupus), le Loup de l’Est au Canada, le Loup d’Abyssinie (Canis simensis) en Éthiopie et le Loup africain (Canis lupaster). Il existait trois sous-espèces de Loup rouge, la seule existante aujourd’hui est Canis rufus gregoryi

Avec des meutes de 2 à 12 individus, il est plus sociable que le Coyote qui a des tendances solitaires, mais moins que le Loup gris. Comme la plupart des canidés, il est monogame, et la meute se constitue d’un couple reproducteur avec ses jeunes. La femelle peut avoir plusieurs terriers pour y élever ses petits.

Il peut chasser seul ou en groupe, et est un prédateur opportuniste. Il se nourrit surtout de petits mammifères, mais aussi d’oiseaux, de grenouilles et de tortues. 

Avec ses relativement grandes oreilles par rapport aux autres Loups, le Loup rouge peut vivre dans le climat chaud et humide du Sud-Est des États-Unis. Généraliste, il y occupe n’importe quel milieu avec une abondance de proies suffisante… tant que les Humains ne les persécutent pas.

Pour aller plus loin:

• Le livre “Canidés du monde” , de José R. Castello, éditions Delachaux Niestlé, 2020
Le site de l’UICN sur les menaces qui pèsent sur l’espèce (en anglais)
• L’article de Hinton et al., 2013, (en anglais) sur les menaces et l’avenir de l’espèce