Les Poissons-ballons (Tétraodontidés) ont de multiples talents, robes et bottes secrètes. Signe particulier: ces “droopies” des récifs sont capables de se gonfler en une fraction de seconde pour dissuader un prédateur. Presque tous sont empoisonnés. L’un d’eux, Torquigener albomaculosus, est un véritable artiste qui crée de sublimes œuvres d’art en forme de rosaces élaborées dans le sable…

L’Arothron Nigropunctatus ou Poisson-ballon à tâches noires
– par EscapadesPhoto

Les Poissons-globes ou -ballons, au sourire si doux et au corps si gonflable, sont de sympathiques célébrités des récifs. Ils font partie de la famille des tétraodontidés. Ce nom vient du grec tetra-odon: “quatres dents”. En effet, ces poissons semblent avoir quatre énormes dents soudées, un peu comme un énorme sourire d’enfant.

Cette famille donne son nom à l’ordre des tétraodontiformes. Cet ordre rassemble pas mal de célébrités des océans : les Balistes (Triggerfish), les Molidés (Poisson-lune), les Diodons (Poisson porc-épic) et les Poissons coffres…

Les Poissons-globes vivent placidement dans les eaux peu profondes et près des récifs de corail pour manger du zooplancton, des algues et des coquillages qu’ils peuvent casser avec leurs solides dents proéminentes. Les plongeurs les aperçoivent fréquemment dans les récifs coralliens des océans tropicaux ou subtropicaux. La taille des espèces varie entre 2cm et 1m et ils peuvent vivre autour de 10 ans.

Ils n’ont pas d’écailles et leur peau est recouverte de mucus. Ils nagent lentement et maladroitement et peuvent paraître vulnérables. Il n’en est rien.

Gonflables ET vénéneux

Un Poisson-ballon face à une situation stressante

Les Poissons-globes sont certes loin d’être des F1. Mais pour se défendre, ils peuvent se gonfler. Ils avalent de l’eau très rapidement. C’est exactement le même principe que la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf. Dissuasif pour un éventuel prédateur. Une membrane derrière leurs dents leur permet de retenir cette eau dans leur estomac extensible.

Les Poissons-globes sont ceinture ET bretelles. La plupart possède une autre arme mortelle : la tétrodotoxine (TTX), un poison plus ou moins foudroyant qui neutralisera les organes vitaux de celui qui l’avalera un peu trop précipitamment.

Ce poison est très dangereux voire mortel pour l’homme. Au Japon, on paye très cher le frisson : le traditionnel plat à base de Takifugu coûte un bras voire la vie s’il est mal préparé. Il faut des années pour apprendre à le faire. D’ailleurs, le Fugu ne peut être cuisiné que par des chefs diplômés d’Etat. Ils doivent retirer les viscères et gonades qui contiennent la TTX. Quelques personnes meurent quand même chaque année… d’une erreur culinaire. Ce poison entraîne la paralysie du diaphragme, la victime ne peut plus respirer et s’étouffe.

Le géant, l’artiste et le scélérat

Le Torquigener albomaculosus ou Poisson-ballon bâtisseur

Parmi les célébrités bien connues des plongeurs, l’Arothron diadematus qui porte un masque noir, comme un Zorro obèse des récifs. Ou encore l’artiste de la bande, le Torquigener albomaculosus ou Poisson-ballon bâtisseur. Il crée des rosaces – ou des mandalas selon les goûts – dans le sable, à l’aide de ses nageoires et de l’eau pulsée par sa bouche. Il peaufine son œuvre pendant des jours pour arriver à un résultat parfait. Ses œuvres peuvent faire jusqu’à 2m de diamètre et servent à attirer les femelles.

Un nid de Poisson-ballon bâtisseur

C’est en fait un nid où ces dames déposeront leurs œufs, qui seront aussitôt fertilisés par la semence du mâle. Il a été décrit seulement en 2014, après sa découverte au large du Japon. Son talent pour construire ces sublimes rosaces sur le sable a fait de lui une star mondiale. Des vidéos de ce poisson ont fait des centaines de millions de vues sur YouTube.

Les mastodontes des Poissons-ballons sont les Arothrons. Tel que l’Arothron stellatus, le Poisson-ballon géant ou Poisson-ballon étoilé. Une “montgolfière” qui peut atteindre 1,20m de long, capable de sectionner le doigt d’un pêcheur imprudent avec son bec.

Dans la famille Ballon, il y a même un invasif, Lagocephalus sceleratus. Il colonise petit à petit la Méditerranée à cause du réchauffement. Le “scélérat” est considéré comme une espèce invasive depuis qu’il a effectué une migration lessepsienne (non naturelle) de la mer Rouge vers la mer Méditerranée.

Le Lagocephalus sceleratus ou Poisson-ballon à bande argentée

Il se reproduit tôt (dès 2ans), a adapté facilement son alimentation, est intelligent et présente peu de prédateurs. Bref, une espèce invasive et venimeuse qui dérange. Pas si juste non plus de le traiter de scélérat puisque sa migration est une conséquence des actions de l’homme, et plus précisément du grand projet de Ferdinand de Lesseps : le canal de Suez.

À part les TétraodontiNés précédemment évoqués, l’autre sous-famille est celle des Canthigastérinés. Ces minis ultra choupis ne peuvent pas se gonfler d’eau mais sont tout aussi toxiques que leurs cousins. Vous connaissez l’un deux ! Puff, la vedette du film “Wonders of the reef” sorti en 2021 sur Netflix. Puff, ce bébé Poisson-ballon (Pufferfish en anglais) s’aventure dans la Grande Barrière de corail pour se trouver une maison. 

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Pour en savoir plus sur les espèces invasives :

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