Les fêtes sont finies, après avoir orné nos salons, le sapin de Noël se retrouve mis au rebut, abandonné sur nos trottoirs. Pendant un mois, le roi des forêts devient le roi du salon, décoration symbolique de ces moments de fête. Au milieu des cadeaux, par milliers ses aiguilles commencent à tomber, lente agonie de cet arbre coupé de ses racines. Il est venu le temps de ranger les décorations et de se débarrasser de l’arbre. On trouvera un nouveau sapin dans onze mois. Mais quel en sera le prix écologique ?

Quand on parle de “Sapin de Noël” en France, une des premières questions qui se pose est : artificiel ou naturel ? La réponse fait généralement appel à deux arguments : le prix et l’impact écologique du sapin. D’après les chiffres fournis par FranceAgriMer, le prix d’un sapin naturel ou artificiel tourne autour de 27 € en 2018. Prix qu’il faudra dépenser chaque année pour un sapin naturel.
Si le sapin artificiel peut être réutilisé, sa fabrication en plastique, souvent réalisée à l’autre bout de la planète, et son transport, coûtent bien plus cher d’un point de vue écologique. Il devra être utilisé pendant vingt ans pour que les émissions de CO2 soient compensées par rapport à des sapins naturels.
Qui sont les Sapins de Noël ?

En France, il y a principalement deux espèces de sapin qui sont vendues comme arbre de Noël. L’Épicéa commun (Picea abies) est une espèce autochtone qui représente 19 % des ventes. Il pousse naturellement en France, dans les Alpes, le Jura et les Vosges, entre 400 et 2200 mètres d’altitude. L’Épicéa forme des hêtraies-sapinières avant de devenir l’essence principale à plus haute altitude. Il a été introduit en plaine et dans les Pyrénées. Alors qu’il dépasse rarement 1,50 m dans notre salon, dans son milieu de vie, il peut dépasser 50 m de haut. Réputé pour son odeur résineuse, une fois coupé, il perd facilement ses aiguilles. Dans la nature, elles peuvent rester en place sept ans avant de tomber.
Le grand vainqueur du marché du sapin de Noël, avec 80 % des ventes, a l’avantage de garder ses aiguilles même lorsqu’il est coupé. Le Sapin de Nordmann (Abies nordmanniana) est originaire du Caucase. Il pousse dans les zones montagneuses à l’Est et au Sud de la mer Noire. Comme son concurrent, il peut dépasser les 50 m de haut et se développe entre 900 et 2100 m d’altitude. En France, il a été introduit dans les hêtraies méditerranéennes.
Le roi des forêts, vraiment ?
Pas de suspense pour cette question-là. Avec près de sept millions de sapins vendus par an, cela fait un moment qu’ils ne viennent plus de forêts sauvages.
80% des sapins de Noël viennent du sol français. Ils sont cultivés dans des champs d’arbres, des monocultures orientées vers une seule et unique production. Le Morvan est la première région productrice de sapins de Noël en France avec 25 % du marché, suivi par la Bretagne à hauteur de 18 %. Viennent ensuite le Jura et les Alpes françaises. Les 20 % importés viennent essentiellement du Danemark. Le pays cultive 10 millions d’arbres, en grande majorité (95 %) des Sapins de Nordmann.

De l’aveu même des producteurs du Morvan, une production de sapins, sans aucun intrant, sans produits chimiques, donne in fine des arbres trop chers qui ne se vendent pas face à la concurrence. Les arbres de Noël issus de l’agriculture biologique, se vendent entre 40 et 70€ en fonction de la taille et de la variété.
Une parcelle de sapins de Noël est loin du fonctionnement écologique d’une forêt. Tout comme les plantations de Pins maritimes dans le Sud-Ouest de la France, cela reste une parcelle agricole avec une seule essence. Les produits phytosanitaires sont utilisés : d’abord des herbicides, afin de limiter le développement des plantes concurrentes sur les ressources en eau et sels minéraux du le sol ; ensuite des insecticides ou des fongicides afin de limiter le développement des prédateurs ou des parasites de ces arbres. Les Épicéas sont particulièrement sensibles aux scolytes, de petits coléoptères considérés comme ravageurs car phytophages. Les arbres sont d’autant plus vulnérables après les périodes de sécheresse qu’ils ont subi ces dernières années. L’ensemble des traitements a un impact à la fois sur la biodiversité locale et sur la ressource en eau polluée par ces différents produits chimiques.
Labels Rouge, Plante Bleue mais pas très vert
Il existe différents labels mettant en avant des sapins d’une qualité… différente. Ainsi le sapin de Noël Label Rouge répond à des critères particuliers de densité du feuillage, d’équilibre de la silhouette, de taille, et de forme générale. Avec une coupe tardive, il garantit un sapin plus frais au moment des fêtes. En revanche, aucun critère ne met en avant des pratiques agricoles plus durables.
Le label “Plante Bleue”, quant à lui, certifie le respect d’un cahier des charges s’engageant à optimiser l’arrosage ou limiter l’utilisation des traitements et des engrais. Il garantit que l’entreprise trie et recycle ses déchets, respecte la faune et la flore locales. Ce label assure aussi le respect des règles sociales, de sécurité et de santé des salariés.
À l’heure actuelle, la production biologique de sapins de Noël reste anecdotique. Les sapins estampillés “Agriculture Biologique” existent même s’ils ne représentent à l’heure actuelle que 1% des ventes de sapins naturels.
La fête du carbone

Selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), au moment des fêtes de fin d’année, les Français émettent 1% de l’ensemble de leurs émissions de gaz à effet de serre, soit 6,3 millions de tonnes équivalent CO2. Sur cette totalité, l’impact du sapin, qu’il soit naturel ou artificiel, reste anecdotique. Il représente 1% des émissions de CO2 lors des fêtes alors que les cadeaux pèsent pour 57%, les déplacements en avion ou en voiture pour 25% et le repas de Noël et sa farandole de viande pour 15%.
Toutefois, il est possible de réduire l’impact du sapin de Noël. Ainsi un arbre naturel, local puis composté, émet 3,1 kg de CO2. S’il est importé et jeté à la poubelle, il émet 16 à 20 kg de CO2. Quant au sapin artificiel en plastique et importé, son empreinte écologique est de 8,1 kg de CO2 par an. Elle sera amortie au bout de 15 à 20 ans. Dans les faits, sa durée de vie est plutôt de 7 ans avant que le foyer n’en change.
Fin des fêtes, ça sent le sapin
Début janvier, il est temps de ranger les décorations, quel avenir pour notre beau sapin ? Tout d’abord, si l’arbre ornant le salon est acheté en pot, avec ses racines, comme dans 10% des cas, il peut être planté afin de continuer sa croissance et de poursuivre sa capture du CO2 atmosphérique.
Pour limiter l’impact des arbres coupés, il faut que le sapin soit recyclé. Pour cela, de nombreuses municipalités organisent la collecte des arbres. Ils sont alors broyés pour protéger les sols, pailler les espaces verts et agir comme un désherbant naturel grâce à l’acidité qu’ils apportent. Composter une tonne de sapin permet de produire 300 à 400 kg de compost. Il est à noter que tout cela n’est valable que pour les sapins qui ne sont pas recouverts de neige artificielle. En effet, ce flocage réalisé à partir de plastique est incompatible avec un retour dans le cycle biologique du sol.
Dune pierre, 2 coups

Dans le Sud-Ouest, l’Office national des forêts utilise une partie des sapins pour lutter contre l’érosion des dunes de sable. Empilés, ils évitent que le vent emporte les précieux grains avant l’été. Ils permettent aussi de favoriser le développement de la couverture végétale naturelle des dunes, comme l’Oyat. Toutefois, les arbres de 2025 ne pourront pas être mis dans les dunes de Seignosse au début de l’année 2026. Suite à la détection d’un cas de nématode du pin dans cette région, l’utilisation de tous les résineux est soumise à un arrêté préfectoral dans un rayon de 20 km.
Notre sapin de Noël, comme toute activité humaine, a un impact écologique. Toutefois, par certains choix, il est possible de le limiter. Chaque geste compte, même à petite échelle. Alors comment sera le vôtre en 2026, en plastique, coupé, en pot, fait maison avec du bois ou peut-être absent ?
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Photo de couverture : Ⓒ Kaplitskaia Love
Sources :
- FranceAgrimer : L’achat de sapins pour les fêtes de Noël 2018
- Certifications du végétal : Sapin de Noël Label Rouge certifié qualité
- Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire : Le label “Plante Bleue”, gage d’éco-responsabilité
- Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire : Que deviennent les sapins de Noël après les fêtes ?
- France Bleu : Nématode du pin : dans le sud des Landes les sapins de Noël ne renforceront pas les dunes cet hiver
- Le Monde : Quel est l’impact carbone des fêtes ? sapin, buche, cadeaux… où se cache le CO2 ?
- ENSTIB : Le sapin de Noël est-il nuisible pour l’environnement ?
- BBC : France split over environmental effects of Chrismas trees
- Slood : Sapin de Noël : impact environnemental et alternative écologique
- Les sapins bio de France





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