Ecrit en collaboration avec Jimmy Gaudin

Photo de couverture: Laurent Ballesta

Les Cœlacanthes n’ont été retrouvés qu’à l’état fossile jusqu’en 1938, quand un pêcheur d’Afrique du Sud en remonte un dans ses filets. Ces poissons vivent plus de 100 ans et prennent le temps avant de s’engager dans la parentalité : pas de reproduction avant 55 ans. La patience est encore de mise pour la conception car ils détiennent le record de la durée de gestation: 5 ans!

Les Cœlacanthes (mot signifiant épines creuses) appartiennent au clade des Sarcoptérygiens (mot d’origine grec signifiant nageoires charnues). Ce sont des poissons aux nageoires charnues dont la configuration anatomique préfigurent les membres des Tétrapodes. Les Sarcoptérygiens contiennent aussi les Dipneustes (double respirations) ainsi que l’ensemble des Tétrapodes (amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères). 

Dans les classifications phylogénétiques modernes, le terme “poisson”, utilisé de façon abusive, n’a aucune valeur scientifique. Il s’agit d’un nom ambigu qui ratisse large. Les “poissons” ne forment pas une unité de classification monophylétique puisque les descendants de ce groupe ne sont pas issus d’un ancêtre commun.

Autrefois, on regroupait au sein de ce groupe artificiel aussi bien les “poissons cartilagineux” (Chondrichthyens), qui contiennent les requins, les raies et les chimères, que les Ostéichthyens, c’est-à-dire les “poissons osseux” proprement dits. 

Schéma de la classification des poissons (clades en bleus). De gauche à droite : du groupe le plus large au plus spécifique. Les cœlacanthes sont plus proches des tétrapodes dont l’homme ou les oiseaux, que des autres poissons.

Aujourd’hui, les Chondrichthyens forment une classe indépendante tandis que les Ostéichthyens ont été redéfinis. Ils contiennent tous les animaux possédant une colonne vertébrale, des mâchoires et un squelette osseux. Les Ostéichthyens englobent donc le clade des Actinoptérygiens (“poissons” à nageoires rayonnées) et celui des Sarcoptérygiens (cœlacanthes, dipneustes et tétrapodes). Les cœlacanthes sont donc plus proches des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des mammifères que des autres poissons.1,2

Des “revenants” depuis les profondeurs

Les Coelacanthes du registre fossile datent pour les plus anciens de 400 millions d’années. On les pensait éteint depuis 70 millions d’années mais rebondissement dans leur histoire: un individu est pêché vivant en Afrique du Sud dans l’estuaire de la Chalumna river en 1938.

Marjorie Courtenay-Latimer, une ornithologue sud-africaine, emporte l’individu encore non identifié à Londres. James Leonard Brierley Smith, un ichtyologiste sud-africain, (spécialiste des poissons) et familier du registre fossile, détermine le genre du poisson: un Cœlacanthe! Il faudra ensuite attendre 14 ans avant qu’un autre spécimen vivant ne soit observé. Il existe actuellement deux espèces de cœlacanthes, toutes deux du genre Latimeria en l’honneur de Marjorie Courtenay-Latimer. Les cœlacanthes actuels sont qualifiés à tort de “fossiles vivants” (explications dans l’article sur les nautiles). Laurent Ballesta nous parle de l’expédition Gombessa 1 au cours de laquelle il a rencontré des cœlacanthes, dans l’épisode 2 de la saison 3.

Le cœlacanthe africain, Latimeria chalumnae, vit à environ 200m de profondeur dans l’océan Indien. Le cœlacanthe indonésien, L. menadoensis, la deuxième espèce actuelle a été découverte seulement en 1997. Comme son nom l’indique, cette espèce vit en Indonésie.3

Les deux espèces actuelles sont menacées d’extinction selon l’UICN, à cause de la pêche. Ils n’ont aucun intérêt culinaire et sont principalement victime des techniques de pêches utilisées pour attraper d‘autres espèces. Ils sont pris dans les filets ou les lignes utilisées pour pêcher des poissons des profondeurs comme les vivaneaux.

Fait surprenant: les cœlacanthes sont aussi recherchés par les aquariums bien que ces derniers n’aient jamais réussi à en maintenir vivants dans des bassins artificiels!4

Un développement lent et une vie longue

Jusqu’à cette année, les scientifiques pensaient que les cœlacanthes vivaient jusqu’à 22 ans, une étude réalisée par l’Ifremer et le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris a montré qu’ils pouvaient en fait vivre 100 ans ! Leur âge est déterminable par le nombre de stries sur leurs écailles.5

Ces gros poissons (jusqu’à 2m de long et 110 kg) mettent du temps à se développer. Ils ne se reproduisent qu’à partir de 55 ans. Champions dans la durée de gestation, les petits cœlacanthes naissent à 5 ans!

L’étude des cœlacanthes permet de mieux comprendre les innovations qui ont permis la sortie des eaux des êtres vivants. Par exemple, leurs nageoires sont “charnues”: musculeuses et dont l’organisation des os rappelle l’organisation de nos membres, pourrait ressembler aux membres de nos ancêtres capables de passer de la vie aquatique à la vie terrestre. Elles leur permettent d’ailleurs de se déplacer sur le fond des océans.6

Les cœlacanthes sont un peu des “paresseux des mers”: ils se déplacent très lentement, se laissant même parfois aller avec le courant.7


1 Museum de Toulouse

2 Encyclopedia Universalis France

3 Older & al 1999, PNAS

4 UICN

5 Mahé & al., 2021, Current Biology

6 Zimmer, 2014, At the water’s edge: fish with fingers, whales with legs, and how life came ashore but then went back to sea. Simon and Schuster.

7 Fricke & al., 1987, Nature

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