Arek, le Goéland le plus populaire de France, a trouvé refuge chez un Brestois et son chien. Un lien s’est forgé avec ce jeune Goéland au point qu’il préférait la présence de l’humain à celle de ses congénères. Et pourtant, il était libre de ses déplacements. Les Laridés naviguent aujourd’hui entre envahissement des villes et dangers pesant sur l’océan.

En voie de disparition en France au XIXème siècle, leur présence n’était signalée qu’à Étretat en Normandie. Puis une grande expansion a été observée en raison d’une politique efficace de protection mise en place. Selon l’association Bretagne Vivante, la population de Goélands serait passée de 1 615 couples à 20 050 en 20 ans.
Invasion urbaine et solutions
Depuis, ces grands Laridés prennent leurs aises dans les villes des humains voire deviennent envahissants. La nourriture est facile à trouver dans les poubelles, au sol ou directement dans la main des touristes comme ceux du Mont Saint-Michel mangeant tranquillement leur glace. Ils ont décidé de s’installer sur les toits des bâtiments, et ce n’est pas pour le plaisir des habitants. Les Goélands ont tendance à observer l’être humain, non pour reproduire ses mimiques, mais pour vérifier si la nourriture est comestible.
Entre protection et régulation, il est interdit de tuer un Goéland en France, quelle que soit l’espèce. Elles sont toutes protégées. Mais pour remédier à cette invasion, un procédé de stérilisation des œufs a été mis en place. Cela consiste à déposer une matière couvrante, comme de l’huile, sur l’œuf à peine fécondé. N’ayant aucun apport en oxygène, l’embryon cesse de se développer. La reproduction échoue sans que le couple de Goélands ne s’en aperçoive. Cette technique cherche à faire comprendre aux Goélands que le lieu de nidification qu’ils ont choisi n’est pas propice à la reproduction, les obligeant à déménager. Ce procédé peut nécessiter quelques années avant de montrer des résultats. La cohabitation en ville reste importante, dans ce cas-là.
Victimes des maux de l’océan : surpêche et pollution
Les Laridés, étant des opportunistes, sont souvent aperçus en train de suivre les bateaux de pêche, volant un poisson par-ci par-là. Malheureusement, les accidents sont fréquents, et les oiseaux sont piégés dans les filets ou victimes de hameçonnages aux palangres. En 1996, une restriction a limité la taille des filets de plusieurs kilomètres de long à 2,5 km afin de réduire les impacts sur la faune aviaire et maritime. En revanche, la pêche munie de palangres attrape toujours un grand nombre d’oiseaux, entre 160 000 à 320 000 individus par an.

Avec la surpêche se rajoute le fléau de la pollution aux hydrocarbures. La France a connu plusieurs marées noires atteignant les côtes pour certaines, comme l’Erika. En décembre 1999, plus de 20.000 tonnes de fioul lourd se sont échouées sur 400 km de côtes françaises tuant entre 150.000 et 300.000 oiseaux. Ces accidents ou pratiques illégales sont des dangers pour la faune et la flore. Les hydrocarbures rendent la surface de l’eau imperméable empêchant la lumière et l’oxygène de traverser. Les êtres vivants finissent par mourir asphyxiés tandis que d’autres y pénètrent en plongeant et se retrouvent englués… Puis se noient. Le roman pour enfant de Luis Sepulveda Histoire d’une mouette et d’un chat qui lui apprit à voler l’illustre bien. Une pauvre maman Mouette confie son œuf à un chat car elle est engluée dans le mazout.
Plus néfaste que les accidents car plus fréquente, la pratique du “dégazage” qui consiste à relâcher, de façon illégale, le carburant en pleine mer, détruit la faune et la flore maritimes. Une étude de Lighthouse report, ONG basée aux Pays-Bas, nous informe qu’en 2022, 3.000 navires ont eu recours à cette pratique, soit 200.000 m3 d’hydrocarbure versés dans l’océan.
Un des derniers fléaux de l’activité humaine dans l’océan, est le plastique. 80% du plastique retrouvé en pleine mer provient des rejets terrestres transportés par les fleuves et rivières, abandonnés sur les plages… contre 20% rejetés par les navires. La convention MARPOL a été mise en place pour prévenir toutes sortes de pollutions engendrées par les bateaux. Cette convention interdisant tout rejet dans l’océan, rappelle que le plastique est une matière non dégradable. Il est donc strictement interdit de s’en débarrasser dans l’eau. Les mers cloisonnées comme la Mer Méditerranée, sont les plus touchées. On retrouve également des plastiques dans les terres australes, où les activités humaines se font pourtant rares, apportés par les courants marins. À cause de ces facteurs, de nombreux cadavres d’oiseaux sont retrouvés morts avec des occlusions intestinales ou perforations de l’estomac dues au plastique ingéré .
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Photo mise en avant : ©Anne-France Bâche
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Bibliographie :
- Le guide ornitho, édition Delachaux et Niestlé
- Oiseaux marins Entre ciel et mers, éditions Quae
- LPO : Mouettes et Goélands
- Vert, le média qui annonce la couleur : Pourquoi les goélands mangent-ils nos glaces ?
- CNRS, le journal : Du plastique au menu des goélands
- GEO : Stérilisation des oeufs de goéland, une pratique courante et réglementée
- Oiseaux-birds.com : Mouette à queue fourchue
- Asknature : Les glandes éliminent le sel
- Franceinfo : “Il est allé directement dans son panier”. L’homme, le goéland et son chien : l’histoire insolite d’une complicité
- Convention MARPOL par Interpol
- Ministère de la transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche : Traité contre la pollution plastique
- Ministère de la transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche : Pollutions en mer | Chiffres clés de la mer et du littoral – Édition 2024
- Sciencepost : Selon une ONG, le dégazage des navires en pleine mer est une pratique toujours courante
- Connaissances des énergies : Marée noire : liste des plus grandes importantes & conséquences





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