Marée noire au Bangladesh, pourquoi tout le monde s’en fout?

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Tout a commencé le mardi 9 décembre 2014. Un pétrolier de l’entreprise Bangladesh Petroleum Corporation navigant sur la rivière Shela percute un autre navire et déverse plus de 350 000 litres de pétrole dans l’eau. Région inscrite au patrimoine de l’humanité de l’Unesco, les Sundarbans sont la plus grande forêt de mangrove au monde. A vrai dire, cette zone est unique, et permet de faire vivre près de 200 000 personnes que ce soit de la pêche ou de la chasse. Une région riche par sa diversité environnementale mais où de nombreuses espèces animales sont en danger, le tigre du Bengale étant l’exemple le plus frappant.

Face à ce drame environnemental, les populations locales se sont organisées pour nettoyer la rivière et les littoraux. Grâce à Tanim Ashraf, activiste environnemental, de nombreuses photographies nous sont parvenues et nous permettent de nous faire une idée de la tragédie humaine et écologique qui a lieu en ce moment même aux Sundarbans.

La situation sur place semble incroyable! C’est à main nue que le pétrole est ramassé par les habitants de la région. Ils mettent leur vie en danger car la pétrole est nocif au contact de la peau. Beaucoup risquent des empoisonnements. L’eau de la rivière Shela étant contaminée, les habitants ne peuvent plus la boire. Les pêcheurs ont par ailleurs du mal à trouver de quoi se nourrir et utilisent parfois les filets pour bloquer les déblacement des flaques de pétrole.

Bangladesh Petroluem Corporation pousse le cynisme jusqu’au bout et rachète aux populations le pétrole qu’ils ont récupéré! A aucun moment la compagnie pétrolière n’a apporté de matériel ou envoyé des nettoyeurs pour décontaminer la zone.

A court terme, les ravages sur les habitants, mais aussi sur l’ensemble de la faune et de la flore de la région sont terribles. A moyen et long terme, des espèces menacées pourraient ne pas se remettre d’une telle catastrophe.

Tanim Ashraf explique par ailleurs:

Ce désastre est en bonne partie de la responsabilité du gouvernement. Normalement, cette rivière traverse une zone protégée et ne doit pas être ouverte à la navigation. Les bateaux sont censés emprunter une autre rivière, la Mongla-Ghoshiakali. Mais l’Inde ne cesse d’y construire des barrages et cette rivière ne contient plus assez d’eau pour être empruntée par des bateaux commerciaux. Le gouvernement a donc autorisé à emprunter la Shela. Ca me rend furieux, de même que le fait qu’il se soit passé près de deux jours après l’accident avant que du personnel soit envoyé sur place pour commencer à collecter le pétrole.

L’aide envoyée par les autorités est ridicule puisque les personnes envoyées ne se contentent que de superviser, les habitants se plient alors à des directives absurdes comme enterrer le pétrole, ce qui contaminera à coup sûr la terre et nuira aux écosystèmes et à la fertilité…

Mais alors, pourquoi tout le monde s’en fout?

Car si les autorités du Bangladesh semblent dépassées par cette marée noire (ou peut-être qu’elle s’en fout après tout…), la communauté internationnale ne s’inquiète pas du sort de ces populations et de l’environnement de la région, pourtant classée au patrimoine de l’Unesco. Pourquoi aucun plan d’aide aux sinistrés n’est mis en place? Pourquoi des spécialistes de la question ne sont pas envoyés sur le lieu de la catastrophe? Pourquoi du matériel n’est pas acheminé pour aider les habitants et les protéger?

A vrai dire, la réponse est très simple: nous n’avons rien à y gagner. Quand un pétrolier pollue les plages françaises, il met en danger l’économie touristique. Les hommes et les femmes politiques profitent de l’engouement médiatique pour se mettre en scène, des oiseaux et des poissons meurent, ça fait des images terribles pour le journal télévisé, on nettoie et on n’en parle (presque) plus.

Mais les Sundarbans au Bangladesh, tout le monde s’en fout! Il n’y a rien à gagner ni économiquement ni politiquement, et les médias semblent se moquer éperdument d’une catastrophe écologique qui risque de laisser des traces profondes sur la santé des populations locales, mais aussi sur l’environnement de la région.

Je suis fatigué du peu de considération que la communauté internationale et les décideurs économiques ont pour l’environnement, et encore plus pour l’environnement des pays pauvres. Notre manque de solidarité face à cette catastrophe montre bien que nous sommes centrés sur nos petites existences.

Combien de catastrophes écologiques faudra-t-il encore pour que nous prenions des décisions drastiques quant au transport du pétrole et à son utilisation?

Sources: 

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